Obéissance filiale
Vendredi 3 avril 2026
Couleur liturgique : rouge
Deuxième lecture de la Lettre aux Hébreux 4, 14-16 ; 5, 7-9
Frères, en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux ; tenons donc ferme l’affirmation de notre foi. En effet, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours.
Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.
Prière
Seigneur JĂ©sus, en ce Vendredi Saint, je veux te contempler comme le grand prĂŞtre par excellence, qui offre pour moi le sacrifice de sa propre vie. Donne-moi la grâce de te regarder jusqu’au bout, sur la croix, pour dĂ©couvrir combien ton amour est plus fort que la mort. Que cette mĂ©ditation ouvre mon cĹ“ur Ă la confiance et Ă l’obĂ©issance filiale. Amen.
Demande
Seigneur JĂ©sus, apprends-moi Ă entrer avec toi dans ton offrande sacerdotale : donne-moi de t’obĂ©ir et de me confier Ă toi, afin que tu deviennes aussi pour moi « la cause du salut Ă©ternel ».
Réflexion
- Jésus, grand prêtre et cause du salut éternel
La Lettre aux HĂ©breux nous prĂ©sente JĂ©sus comme « le grand prĂŞtre par excellence, celui qui a traversĂ© les cieux ». Dans l’Ancien Testament, le grand prĂŞtre entrait une fois par an dans le Saint des Saints pour offrir le sang des victimes ; JĂ©sus, lui, entre une fois pour toutes dans le ciel, le vĂ©ritable sanctuaire, avec son propre sang. Il n’est pas un prĂŞtre lointain : comme nous, il est « Ă©prouvĂ© en toutes choses (…) exceptĂ© le pĂ©chĂ© ». Il a connu la fatigue, l’injustice, la trahison, l’abandon, la peur de la mort. C’est cette proximitĂ© qui nous permet d’« avancer avec assurance vers le TrĂ´ne de la grâce. » Comme Dieu l’avait prophĂ©tisĂ©, de manière poĂ©tique, dans les poèmes du Serviteur souffrant, le trĂ´ne duquel le Christ est vainqueur est le trĂ´ne de la croix. C’est dans le CĹ“ur transpercĂ© de JĂ©sus, sur la croix, que nous, pauvres pĂ©cheurs, pouvons regagner la faveur de Dieu et vivre dans sa grâce.
En ce Vendredi Saint, l’Église nous montre JĂ©sus sur la croix comme le sommet de sa mission sacerdotale. LĂ , il porte tous nos pĂ©chĂ©s et les offre au Père dans un acte d’amour parfait. La Lettre aux HĂ©breux ose dire qu’il est « devenu pour tous ceux qui lui obĂ©issent la cause du salut Ă©ternel » : le salut, qui veut dire « le fait d’être sauvĂ©s », n’est pas une idĂ©e, mais une rĂ©alitĂ© qui jaillit d’une personne, de l’obĂ©issance amoureuse du Fils unique de Dieu.
Est-ce que je me tourne vers JĂ©sus, notre grand prĂŞtre, pour ĂŞtre sauvĂ© de mes pĂ©chĂ©s et recevoir la grâce de Dieu ? - Le Fils bien-aimĂ© apprend l’obĂ©issance dans la souffrance
Le texte ajoute une phrase bouleversante : « Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obĂ©issance. » Au baptĂŞme et Ă la Transfiguration, le Père a proclamĂ© : « Tu es mon Fils bien-aimĂ©. » Pourtant, cet amour n’a pas signifiĂ© une vie protĂ©gĂ©e des Ă©preuves : le Fils a traversĂ© GethsĂ©mani, l’arrestation, le procès injuste et la crucifixion. Aux yeux du monde, cela ressemble Ă un Ă©chec ; aux yeux de la foi, c’est la maturation d’une obĂ©issance filiale totale, jusqu’au bout, et fĂ©conde comme le grain de blĂ© tombĂ© en terre.
JĂ©sus n’obĂ©it pas comme un esclave, mais comme un Fils qui sait que la volontĂ© du Père est toujours un chemin de vie, mĂŞme lorsqu’elle passe par la nuit. Au jardin des Oliviers, il exprime sa dĂ©tresse — « Que cette coupe passe loin de moi ! » — mais il ajoute : « Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux. » (Mt 26, 39) C’est lĂ que l’obĂ©issance devient un amour mĂ»r, un amour qui accepte les injustices et les souffrances de notre vie prĂ©sente comme partie intĂ©grante de la volontĂ© de Dieu. La Lettre aux HĂ©breux nous invite Ă apprendre, nous aussi, par nos souffrances, une obĂ©issance filiale qui nous perfectionne et fait de nos vies une offrande fĂ©conde pour les autres. - « Il pouvait le sauver de la mort » … et pourtant JĂ©sus est mort
Un dĂ©tail peut nous surprendre : « Le Christ (…) offrit (…) des prières (…) Ă Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucĂ© en raison de son grand respect. » Comment dire qu’il fut exaucĂ©, alors qu’il est mort sur la croix ? Cela rĂ©vèle un dĂ©placement radical : le Père n’a pas sauvĂ© JĂ©sus de la mort physique, mais il l’a sauvĂ© dans et Ă travers la mort, en le faisant passer Ă une vie nouvelle, indestructible, la vie de la RĂ©surrection. L’exaucement vĂ©ritable n’est pas d’Ă©viter la mort, mais de la vaincre en ouvrant sur la vie Ă©ternelle.
JĂ©sus est venu nous sauver de la mort Ă©ternelle, c’est-Ă -dire de la rupture dĂ©finitive avec Dieu. Pour nous en arracher, il a acceptĂ© de passer par la mort de son corps et d’entrer dans la nuit la plus profonde. Mais son obĂ©issance filiale et son « grand respect » ont ouvert pour lui, et pour nous, les portes de la vraie Vie.
Nous aussi, nous passerons par diverses formes de mort. La mĂ©ditation de ce Vendredi Saint nous invite Ă vivre ces passages Ă la manière de JĂ©sus : en offrant au Père une obĂ©issance confiante et un grand respect pour qu’il nous fasse participer Ă la victoire de la RĂ©surrection.
Dialogue avec le Christ
Seigneur JĂ©sus, grand prĂŞtre misĂ©ricordieux, aujourd’hui je te contemple sur la croix. Tu portes devant le Père tous mes pĂ©chĂ©s, mes peurs, mes rĂ©sistances, et tu veux les transformer en offrande d’amour. Apprends-moi ton obĂ©issance filiale, confiante, qui ne discute pas l’amour du Père et croit que sa volontĂ© conduit toujours Ă la vie. Lorsque je ne comprends plus rien, donne-moi de demeurer près de toi, en silence, avec ce « grand respect » qui a fait exaucer ta prière.
Résolution
Aujourd’hui, en contemplant JĂ©sus crucifiĂ©, je lui confierai une souffrance concrète qui me touche, en lui demandant la grâce de l’obĂ©issance filiale et de la confiance.
Père Raymond Jubinville, LC
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Méditations : Regnum Christi
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