L’Église, « lieu de rencontre »
Visite du P. Carlos Guttierez au Centre Jean-Paul II à Vienne, lieu d’évangélisation de Regnum Christi en Autriche
Le 21 juin, l’agence de presse catholique autrichienne Kathpress a publié un long entretien avec le P. Carlos Gutiérrez, LC, réalisé à l’occasion de sa première visite en Autriche du 12 au 16 juin. Le P. Carlos a pu rencontrer à cette occasion la communauté Regnum Christi de Vienne.
Voici un petit compte rendu des différentes rencontres du P. Carlos avec la communauté locale ainsi que son interview avec l’agence de presse autrichienne.
Le P. Carlos est arrivé dans la capitale autrichienne en fin d’après-midi le vendredi 12 juin et a dîné avec la communauté. Le lendemain, samedi 13 juin, une journée d’échange et de rencontre a été organisée. Elle a débuté par une messe concélébrée dans la chapelle du Centre Jean-Paul II de Vienne. Après le petit-déjeuner du dimanche 14, le supérieur général a rencontré des laïcs et des collaborateurs du Centre avant de célébrer la messe. L’après-midi, une deuxième rencontre a eu lieu avec de jeunes professionnels qui participent aux activités du Centre Jean-Paul II ainsi que plusieurs collaborateurs. Les Légionnaires de la communauté de Budapest se sont joints au groupe pour le dîner.
Interview du P. Carlos Gutiérrez, supérieur général des Légionnaires du Christ, à l’agence de presse autrichienne Kathpress
Première publication le 21 juin 2026
Traduit de l’allemand
Le nouveau supérieur général des Légionnaires du Christ, le P. Carlos Alberto Gutiérrez López, s’est prononcé en faveur d’une réorientation fondamentale de la présence de l’Église pour en faire des « lieux de rencontre ». Il s’agit là d’une nécessité urgente, en particulier en Europe, où l’Église perd de plus en plus son rôle de référence naturelle de la vie sociale et où la foi est de moins en moins transmise. C’est ce qu’a déclaré samedi ce Mexicain de 51 ans, qui dirige depuis février cette congrégation internationale, lors d’un entretien accordé à l’agence de presse Kathpress. Quelques jours auparavant, le P. Gutiérrez s’était rendu pour la première fois en Autriche.
Le P. Gutiérrez est venu en Autriche « avec un grand respect et le désir d’écouter et d’apprendre » et repart « avec gratitude et espérance », a déclaré le supérieur général. Les Légionnaires du Christ constituent ici une communauté à la fois petite et jeune, qui ressent un « appel très concret du Seigneur », – tout comme d’autres communautés religieuses et mouvements ecclésiaux – à proposer l’Église comme un « lieu de rencontre » : l’objectif est de créer un lieu de communion « où les personnes puissent découvrir que la foi ne se vit pas en solitaire ».
L’ouverture est pour lui essentielle, a souligné le P. Carlos Gutiérrez. Une communauté chrétienne ne doit « jamais former un groupe fermé sur lui-même », mais se considérer plutôt comme une « famille de disciples » qui est elle-même en quête de Dieu et qui, en même temps, ouvre aux autres des possibilités de « rencontrer le Christ vivant ». Grâce à la formation, à l’accompagnement personnel et à la vie communautaire, l’objectif est de permettre aux personnes de « vivre en tant qu’apôtres » et de transmettre leur propre expérience de foi au sein de leur famille, dans leur vie professionnelle et dans la société.



Vivre la foi ensemble
Le supérieur de la congrégation a également souligné l’importance, pour la nouvelle évangélisation en Europe, de l’expérience de communautés solides et porteuses. De nombreuses personnes, surtout des jeunes adultes, aspirent à un sentiment d’appartenance, à des relations authentiques et à des lieux où elles se sentent écoutées. La foi ne doit pas seulement être annoncée, mais aussi vécue et partagée en communauté. L’accompagnement personnel revêt une importance tout aussi centrale. Aujourd’hui, les gens ont besoin de « temps, de réponses et d’espaces » pour s’approcher de la foi, poser des questions, mûrir intérieurement et découvrir progressivement « qui est le Christ et ce que signifie le suivre ».
Cela vaut également pour la pastorale des vocations et la redécouverte de la conception chrétienne de la vocation. Chaque personne est voulue et appelée par Dieu, a déclaré le P. Carlos Gutiérrez en citant le pape Benoît XVI. La question décisive n’est donc pas seulement : « Que veux-je faire de ma vie ? », mais aussi : « Pour qui est-ce que je vis ? », « À quel amour suis-je appelé ? » et « Comment puis-je mettre ma vie au service de Dieu et des autres ? ». La mission des mouvements ecclésiaux consiste à accompagner les personnes sur ce chemin et à leur donner les moyens de vivre leur foi de manière consciente et missionnaire.
Centre Jean-Paul II à Vienne
Au cours de sa visite, le supérieur général s’est dit impressionné par l’engagement des membres autrichiens des Légionnaires du Christ ainsi que de la famille spirituelle Regnum Christi qui leur est associée. Il a particulièrement souligné la créativité des initiatives pastorales, notamment celle du Centre Jean-Paul II, inauguré en 2025 dans le quartier viennois de Leopoldstadt. Dirigé par les Légionnaires, ce centre se veut un lieu de rencontre ouvert aux croyants comme aux non-croyants et réunit sous un même toit une église, un café, des activités de formation ainsi que des espaces communautaires.
Le P. Carlos Gutiérrez a déclaré avoir découvert à Vienne une « communauté vivante » qui « ne se contente pas de reproduire des modèles existants, mais cherche à écouter la réalité et à y répondre à partir du charisme qu’elle a reçu ». Une grande importance est accordée aux « échanges ouverts, sans préjugés » ainsi qu’à une véritable considération pour chaque personne.
Le P. Gutiérrez a également considéré comme une grande opportunité la collaboration avec l’Église locale et les autres acteurs ecclésiaux. Les Légionnaires du Christ ne souhaitent pas agir comme une communauté isolée, mais mettre leur charisme au service de l’Église.
Le supérieur de la congrégation a par ailleurs décrit comme une mission particulière l’attention portée aux questions, aux espoirs et aux déceptions des personnes, en particulier des jeunes et des familles, mais aussi de celles qui se sont éloignées de l’Église ou qui n’ont jamais vécu une expérience de foi véritablement vivante.
« Ce n’est qu’à partir de cette écoute que nous pourrons, avec d’autres, trouver de nouvelles voies créatives pour annoncer l’Évangile de manière à ce qu’il rejoigne réellement les personnes dans leur vie quotidienne. »


Un renouveau après des expériences douloureuses
Interrogé sur le processus de renouveau de sa congrégation, le P. Gutiérrez a expliqué que les Légionnaires du Christ étaient encore engagés sur un « long chemin d’apprentissage ». Depuis plusieurs années, la congrégation suit un parcours de réforme accompagné par l’Église, engagé à la suite de la profonde crise provoquée par son fondateur, Marcial Maciel (1920-2008). À la fin de sa vie, celui-ci avait été démasqué comme auteur de multiples abus et escroc ; depuis lors, la congrégation s’est réorganisée tant sur le plan structurel que spirituel sous la supervision du Saint-Siège.
Les Légionnaires du Christ ont dû affronter leur histoire « dans la vérité et l’honnêteté » et sont passés par une « profonde purification » qui « nous a conduits à reconnaître et à assumer nos blessures, nos erreurs et nos responsabilités. Un véritable renouveau ne peut grandir que là où existent l’humilité, la mémoire et une recherche sincère de la vérité et de la réconciliation », a déclaré le supérieur général.
En tant que congrégation, les Légionnaires se disent reconnaissants envers l’Église, et en particulier envers les papes Benoît XVI, François et également Léon XIV, pour leur accompagnement et leur soutien sur ce chemin.
« Il s’agit de remettre le Christ au centre, de vivre avec davantage de transparence, de cultiver plus consciemment la vie fraternelle et de vivre l’autorité comme l’obéissance de telle manière que la participation, la responsabilité partagée et la dignité de chaque personne soient au cœur de nos préoccupations. »
Le supérieur général a accordé une importance particulière à la responsabilité en matière de prévention des abus et de protection de l’enfance.
La protection des mineurs et des personnes vulnérables, ainsi que l’attention portée aux victimes de violences sexuelles, ne doivent jamais devenir une question secondaire. Les personnes ayant subi des abus de la part de membres de la congrégation se trouvent « au centre de notre responsabilité. Leur souffrance et leur voix sont devenues pour nous un appel décisif à la conversion. C’est pourquoi cette mission demeure une tâche incontournable et permanente ».
On ne peut donc jamais dire que ce processus soit achevé. Il s’agit plutôt d’ancrer durablement les mesures de protection, la prévention et une culture de la vigilance. « Nous ne sommes plus les mêmes qu’il y a vingt ans, mais nous avons encore du chemin à parcourir », a déclaré le supérieur général.
Travail d’équipe et esprit synodal
Le P. Gutiérrez s’est également exprimé plus en détail sur sa conception de l’autorité et du gouvernement. « Diriger en chrétien ne signifie pas simplement donner des instructions, mais aider les personnes et les communautés à vivre plus fidèlement leur vocation », a-t-il affirmé. Selon cette compréhension, l’autorité est marquée par la participation et la responsabilité partagée.
L’écoute est aussi importante que le travail en équipe et le discernement commun dans la recherche de la volonté de Dieu. Les Légionnaires du Christ, initialement organisés selon un modèle de gouvernement plus centralisé, poursuivent ainsi leur chemin vers « un style plus synodal, plus transparent, plus fraternel et davantage inspiré par l’Évangile ».
Pour cela, de bonnes structures sont nécessaires, mais aussi une « conversion intérieure » : « savoir écouter, rendre des comptes, se laisser aider et corriger, et toujours placer au centre la dignité et la liberté de chaque personne ».
Le P. Carlos Gutiérrez dirige depuis février 2026 la congrégation internationale des Légionnaires du Christ. Il a été élu lors d’un chapitre général à Rome. Cet organe suprême de gouvernement de la congrégation fixe tous les six ans les grandes orientations de l’institution.
Le nouveau supérieur général succède au P. John Connor et a auparavant exercé des responsabilités de direction et de formation notamment au Mexique, au Chili, en Colombie, au Venezuela et en Italie.









