Cécile peinture

L’art de la rencontre à travers la rencontre avec l’art

Par Cécile Martin-Houlgatte

Si le peintre Francisco de Goya a écrit : « Peindre, c’est un cœur qui dit à un autre cœur où il a trouvé son salut », c’est parce qu’il avait pressenti que l’art est une rencontre… et une rencontre profonde, qui plus est !

Il existe plusieurs niveaux de rencontre : une chose est de peindre ; une autre est de peindre en compagnie d’autres personnes ; et enfin, il y a le niveau de la création en collaboration avec d’autres.

En tant que femme consacrée, j’ai eu la grâce, ces derniers mois, de vivre ces trois niveaux.

Premier niveau : la rencontre dans la peinture

J’ai la joie de vivre à Magdala, dans la belle Galilée de Jésus. Il y a quelque chose dans cette terre qui élargit le cœur. La flamme créatrice s’allume en moi et coule naturellement dans mes mains. Je suis surprise de constater que ce que je peins, ce sont simplement des oiseaux, des fleurs… rien d’extraordinaire, ni de nouveau.

Et pourtant, quelque chose de profond et d’émouvant se produit dans mon âme : qu’est-ce donc ? Je crois, tout simplement, que ces oiseaux et ces fleurs racontent le cœur de Jésus. Il les regardait, les contemplait et louait le Père en parlant d’eux : les oiseaux du ciel, les lis des champs.

Ici et maintenant, l’art devient l’art de la rencontre avec Dieu.

Deuxième niveau : la rencontre avec l’art en peignant en compagnie

À Magdala, nous nous réunissons régulièrement avec plusieurs bénévoles pour peindre. Nous commençons notre rencontre par la lecture d’un paragraphe tiré de la philosophie, de la théologie ou des Écritures. Nous partageons l’écho que ces mots éveillent dans nos cœurs.

Puis nous peignons cet écho — de manière abstraite ou figurative — parfois en silence, d’autres fois en conversant. Les cœurs révèlent aux cœurs réceptifs où ils trouvent leur salut.

Ce moment de rencontre est un espace sacré : chacune écoute son cœur, y réfléchit, l’exprime sur la toile et le partage.

La rencontre devient communion.

Troisième niveau : peindre en collaboration créative avec d’autres consacrées

Lors du Rassemblement jubilaire interprovincial que nous avons organisé à Rome, nous avons créé une œuvre d’art participative. Chaque groupe de réflexion a eu l’occasion d’exprimer dans une peinture ce qu’il considérait comme une « graine d’espérance » dans sa mission : accompagnement spirituel, éducation…

L’expérience de la rencontre a été vraiment magnifique. De chaque groupe est née une peinture, et le plus précieux n’était pas l’œuvre achevée, mais le processus créatif lui-même : chaque femme a écouté et accueilli les idées des autres, a apporté les siennes et, quand c’était possible, a pris le pinceau.

Pendant quatre jours, la toile partagée est devenue un lieu de création, de recréation et de rencontre.

Je rends grâce à Dieu – que ce soit en peignant moi-même ou en accompagnant et en animant des activités artistiques communautaires – de m’avoir permis de découvrir comment l’art de la rencontre s’épanouit à travers la rencontre avec l’art.

Si Francisco de Goya voyait dans la peinture « un cœur disant à un autre cœur où il a trouvé son salut », le pape François considérait l’art non pas comme un luxe, mais comme une nécessité de l’esprit : un chemin pour élargir le cœur, libérer l’esprit et se connecter à la beauté qui sauve.

Et comme l’a dit Fiodor Dostoïevski :

« La beauté sauvera le monde. »