P. Valentin Gögele
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« L’amour du Christ nous presse »

Entretien avec le P. Valentin Gögele, LC, sur les Légionnaires du Christ et Regnum Christi en Europe occidentale et centrale : priorités, développements et culture missionnaire de la coresponsabilité 

Depuis l’été 2024, le P. Valentin Gögele, LC, entame son troisième mandat en tant que supérieur provincial des Légionnaires du Christ en Europe occidentale et centrale. À l’issue du chapitre général des Légionnaires du Christ qui s’est terminé fin février, il revient sur les étapes marquantes, dresse un état des lieux sur le développement de la Fédération Regnum Christi et définit les priorités pour l’avenir : la vocation comme style de vie, la création de maisons apostoliques et de communautés apostoliques locales, ainsi que le renforcement du mariage et de la famille. Il évoque également les défis de la pastorale des vocations, la nécessité d’ancrer la responsabilité au niveau local et le témoignage de notre foi. Son fil conducteur : la communion et la mission – « Celui qui marche seul avance peut-être plus vite, mais il ne va pas plus loin ».

P. Valentin, vous êtes supérieur provincial depuis plus de sept ans et demi et vous le resterez jusqu’à l’été 2027. Personne avant vous n’a occupé cette fonction aussi longtemps en Europe occidentale et centrale. Avec quelle vision pour votre communauté vous réveillez-vous le matin ? 

P. Valentin : Comment je me réveille le matin, me demandez-vous ? En fait, je commence chaque journée par la louange et une grande action de grâce. Je remercie Dieu de pouvoir vivre à cette époque, pour la vocation qu’il m’a donnée et pour les défis que je peux relever. En même temps, je prie pour que cette journée soit bonne, pour sa gloire.

Et la mission – oui, la mission devient de plus en plus importante et urgente dans notre monde actuel. Je crois que nous en faisons tous l’expérience. La phrase de saint Paul « Caritas Christi urget nos »« L’amour du Christ nous presse » (2 Co 5, 14) est particulièrement appropriée aujourd’hui. Cet amour pressant du Christ est le moteur intérieur de notre mission et le fil conducteur qui me fait me lever chaque matin et m’accompagne tout au long de la journée.

Quels ont été les jalons les plus importants pour vous, pour les Légionnaires du Christ et Regnum Christi pendant cette période ?

P. Valentin : Pour la région germanophone, nous sommes actuellement dans une quatrième étape. Après la phase de fondation dans les années 1990 et l’étape importante franchie en 2001 avec l’ordination sacerdotale du premier légionnaire allemand, une phase de crise et de renouveau a suivi entre 2009 et 2019. Ces dernières années, nous sommes entrés dans une nouvelle phase : nous sommes passés de la simple survie à la consolidation, à l’action engagée et à une identité affirmée.

Conscients de cela, nous savons que nous ne sommes qu’un acteur parmi d’autres. Mais Dieu nous a également confié une mission dans son Église. Il nous invite à apporter notre propre contribution à la nouvelle évangélisation. Au milieu de nombreuses voix et voies, nous sommes appelés à agir de manière claire, responsable et inspirée en tant que Regnum Christi.

Y a-t-il eu des moments difficiles sur ce chemin ? 

P. Valentin : Un moment difficile pour moi a été la fermeture, à l’été 2024, de l’école apostolique où j’ai eu le privilège de travailler pendant de nombreuses années. À cela s’ajoutent les défis liés aux vocations et le départ de certains amis prêtres. De tels moments me touchent personnellement. 

Mais c’est précisément dans ces moments-là que j’essaie de m’en remettre à Dieu et de me rappeler avec humilité que je ne suis pas le Sauveur et que je ne dois pas tout résoudre immédiatement. Dieu tient tout entre ses mains – et lorsqu’une porte se ferme, une nouvelle s’ouvre souvent.

L’Église catholique traverse une période difficile en Europe centrale : scandales d’abus, départs, perte de confiance. Certains parlent même d’une « impasse ». Quel impact cela a-t-il sur votre travail ? 

P. Valentin : Oui, c’est vrai : avec tout ce qu’il se passe, on pourrait facilement sombrer dans la résignation. Mais c’est précisément dans ces moments où nous ressentons nos limites et reconnaissons notre impuissance que nous découvrons une nouvelle expérience de Dieu.

Une pensée que le pape François a souvent soulignée est la suivante : notre expérience de Dieu ne naît pas d’abord de la connaissance que nous avons de lui, mais de l’expérience de son pardon. C’est précisément là où nous atteignons nos limites, où nous commettons des erreurs et où nous touchons du doigt notre misère, qu’un nouveau lieu, en quelque sorte privilégié, s’ouvre à l’expérience de Dieu.

En demandant l’aide de Dieu, en plaçant à nouveau notre confiance en lui, en reconnaissant humblement notre insuffisance et en laissant le Seigneur être Seigneur. C’est pourquoi je me réjouis de chaque petit pas et de chaque petit succès. Et j’y vois de grandes chances pour une fécondité renouvelée selon les principes de l’Évangile.

Concernant l’histoire récente des Légionnaires du Christ : il y a 17 ans, les crimes du fondateur ont été révélés. Quelles leçons en retenir ?

P. Valentin : Le fait que nous ayons pu accomplir notre mission sous la tutelle attentive de l’Église et que nous existions encore aujourd’hui est pour moi le signe que nous avons pris les bonnes mesures qui s’imposaient. Le pape Léon l’a également confirmé dans son discours lors de notre Chapitre général le 19 février

Dans le même temps, certaines questions restent en suspens. Il s’agit notamment d’une évaluation approfondie de la figure du fondateur ainsi que de la question des abus spirituels, qui nécessite encore un travail de clarification et de réflexion au sein de l’Église dans son ensemble. La protection systématique des enfants et des jeunes doit nous accompagner en permanence, non seulement sous la forme d’un ensemble de règles, mais aussi comme un mode de vie que nous pratiquons et transmettons. Le processus de guérison de notre communauté au cours des dernières années constitue une base précieuse à cet égard.

Pour moi personnellement, cette période difficile m’a surtout enseigné une chose essentielle : le fondement inébranlable de notre vie et de notre action est – et reste – uniquement Jésus-Christ.

C’est dans ce contexte qu’a été érigée en 2019 à Rome la Fédération Regnum Christi, dont les Légionnaires du Christ font partie intégrante. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

P. Valentin : Regnum Christi n’est pas une « invention nouvelle », mais a été créée dans les années 1970 et reflète notre charisme. Il y a quelques années, nous avons célébré le 50e anniversaire de l’ECYD, notre organisation de jeunesse. Il est vrai que la structure canonique de Regnum Christi est restée longtemps floue et a évolué au fil des décennies. 

Cependant, les idées essentielles qui caractérisent notre charisme et notre mission remontent aux années fondatrices des Légionnaires du Christ dans les années 1940. La structure canonique de la Fédération, créée en 2019 et dont les statuts ont été définitivement approuvés par le Saint-Siège en 2024, est pour moi une forme claire et moderne. Elle renforce notre identité, notre mission et notre culture de leadership.

Je vois la collaboration entre les Légionnaires du Christ et Regnum Christi comme une ellipse avec deux foyers : notre communauté sacerdotale et la réalité plus large à laquelle nous appartenons. Cette image m’aide beaucoup, précisément parce que ces deux réalités me sont confiées. Un cercle est géométriquement plus simple : il a un centre autour duquel tout s’ordonne. Une ellipse, en revanche, vit de ses deux foyers : si l’un disparaît, l’ellipse n’existe plus. Cela reflète la relation entre les Légionnaires du Christ et Regnum Christi. Les Légionnaires sont une communauté religieuse sacerdotale indépendante, canoniquement érigée, une congrégation de droit pontifical – et en même temps ils sont aussi partie intégrante d’un ensemble plus vaste, la famille spirituelle Regnum Christi. Les deux foyers demeurent en tension l’un par rapport à l’autre, mais c’est précisément cette tension qui maintient la forme. Ce n’est que dans l’interaction des deux réalités que l’ensemble devient fécond et vivant.

Avec la Fédération, vous avez acquis des responsabilités supplémentaires : vous avez pris la direction de la congrégation tant pour la communauté religieuse que pour les personnes consacrées et les laïcs – dans onze pays. Qu’est-ce qui est particulièrement important pour vous ? 

P. Valentin : La responsabilité de la gouvernance me préoccupe depuis des années. Il est particulièrement important pour moi que la direction favorise l’unité tout en étant visionnaire et au service des autres, tout comme Jésus nous l’a montré. Dans une communauté spirituelle comme la nôtre, la direction sert l’unité et doit renforcer l’orientation spirituelle et le charisme.

En même temps, la direction a besoin d’une vision : une perspective qui ouvre l’avenir et suscite l’enthousiasme. Dans notre cas, nous réalisons notre mission en actualisant un mystère central de la vie du Christ : il va vers les personnes, leur révèle l’amour de son cœur, les rassemble, les forme en tant qu’apôtres et les envoie – en tant que personnes dotées d’un leadership chrétien, accompagnées par lui – afin qu’ils participent à l’évangélisation des personnes et de la société. (cf. Statuts de Regnum Christi, 8)

Enfin, je conçois le leadership comme un service : une attitude qui prend le temps de se poser des questions existentielles, qui est attentive et s’intéresse sincèrement aux préoccupations des personnes.

Que signifie la Fédération Regnum Christi pour les différents états de vie – et comment le leadership collégial et la vocation missionnaire sont-ils vécus ?

P. Valentin : Marcher ensemble – cela résume les deux caractéristiques centrales de notre communauté : la communion et la mission. Celui qui marche seul avance peut-être plus vite, mais il ne va pas plus loin. Nous sommes appelés à accomplir ensemble une mission et à contribuer au désir de Jésus-Christ d’atteindre tous les hommes. C’est pourquoi les différentes vocations et les différents états de vie dans notre communauté sont pour moi à la fois une force et un défi. 

Nous vivons et œuvrons de manière différente, nous sommes tous liés par des réalités de vie différentes et nous apportons chacun nos propres perspectives. C’est précisément ainsi que nous traversons différentes expériences de vie et que nous nous complétons – dans la mission commune comme dans la direction commune. Ainsi, les vocations portent ensemble notre mission unique : apporter Jésus-Christ au monde.

La congrégation des Légionnaires du Christ a toujours insisté sur la nécessité de rechercher une coopération avec les diocèses. Quelles perspectives envisagez-vous ?

P. Valentin : Nos relations avec l’Église locale se sont améliorées dans de nombreux endroits et j’ai eu l’occasion d’échanger avec plusieurs évêques au cours de ces dernières années. L’ouverture dans la collaboration crée de merveilleuses synergies, même si nous sommes peu nombreux et n’œuvrons que dans quelques diocèses. Nous voulons faire comprendre aux pasteurs qu’ils peuvent compter sur notre engagement, car pour chaque apôtre de Regnum Christi, l’Église est sa maison à tous les niveaux.

Une Église sur la voie synodale – telle était la vision du pape François. Le pape Léon XIV y adhère également. Comment Regnum Christi met-il en œuvre ces lignes directrices ?

P. Valentin : Le pape François nous a fait prendre conscience, à travers l’image de l’Église synodale, que l’Église signifie cheminer ensemble, écouter et parcourir ensemble le chemin de la foi. Le pape Léon XIV s’inscrit dans cette lignée et nous y encourage. Pour nous, au sein de Regnum Christi, cela signifie que nous voulons être une famille spirituelle dans laquelle les prêtres, les femmes et les hommes consacrés à Dieu ainsi que les laïcs œuvrent ensemble sur un pied d’égalité et assument ensemble des responsabilités. 

Concrètement, cela se traduit, par exemple, dans nos collèges de direction au sein de la Fédération, où aucune voix ne décide seule, mais où nous recherchons la volonté de Dieu dans le dialogue. Cela se manifeste également à travers nos initiatives, dans lesquelles nous encourageons les jeunes et les familles à trouver leur place dans l’Église et à mettre à profit leurs charismes. 

Pour moi, être synodal signifie ne pas devancer ni rester en retrait, mais rester en chemin avec les personnes et, avec eux, écouter l’Esprit de Dieu et mettre le Christ au centre.

Où voyez-vous la mission centrale de Regnum Christi en tant que famille spirituelle en Europe ?

P. Valentin : Les trois priorités que notre Assemblée générale 2024 avait fixées pour les années à venir sont, à mon avis, vraiment pertinentes. Elles ont été précédées d’un long processus de discernement spirituel qui a commencé à la base et s’est progressivement étendu jusqu’à la direction. Au final, ces trois priorités se sont clairement dégagées.

Premièrement : considérer la vie comme une vocation. Notre objectif est d’accompagner les personnes, jeunes et moins jeunes, afin qu’elles découvrent, approfondissent et vivent davantage les différentes dimensions de leur vocation : la grâce du baptême comme fondement, un éventuel appel à une vie consacrée, l’identité de laïc dans l’Église, mais aussi la vocation au mariage et à la famille.

Deuxièmement : former des communautés apostoliques. Des communautés qui sont en paix avec elles-mêmes, qui ont une identité spirituelle claire et qui ont en même temps un rayonnement sur l’extérieur. Des lieux d’où émanent le feu, la chaleur et la vie pour l’Église et la société ; des lieux où les personnes peuvent s’intégrer, apprendre les unes des autres, grandir dans leur vie de disciples et être formées pour leur apostolat.

Et troisièmement : renforcer le mariage et la famille. En Europe, nous ressentons très clairement les défis auxquels sont confrontés le mariage et la famille, tant dans la conception chrétienne du mariage que dans la vie quotidienne des familles, des enfants et des jeunes. Nous y voyons une mission pastorale centrale pour les temps à venir.

Ces trois priorités nous orientent et concentrent nos forces pour les années à venir.

Depuis 2019, il existe à Ratingen la première maison apostolique de Regnum Christi, entre-temps une deuxième a vu le jour à Neuötting-Alzgern, ainsi que le Centre Jean-Paul II à Vienne. Quel est le concept se cache derrière cela et quel rôle ces maisons jouent-elles dans la nouvelle évangélisation ?

P. Valentin : Rétrospectivement, je peux dire : tout d’abord, il faut rendre grâce au Saint-Esprit. Il y a cinq ans, nous n’avions nullement l’intention de créer des structures importantes et lourdes, avec tout ce que cela implique en termes de moyens et de responsabilités à long terme. Mais l’Esprit de Dieu nous a guidés pour créer des lieux qui sont de véritables foyers. Des lieux où la vie communauté peut être vécue et où les personnes sont formées et préparées la mission. C’était vraiment un coup de maître pour notre époque.

Lorsque l’on pense que la première maison des apôtres a ouvert ses portes au printemps 2019 et que la pandémie a commencé moins de douze mois plus tard, cela me semble être un signe de la providence. Ces maisons offrent visibilité et fiabilité, elles permettent de proposer des activités régulières et créent un espace de rencontre, de vie communautaire, de formation continue et de croissance personnelle et spirituelle.

Il est particulièrement intéressant de constater qu’un très large éventail de personnes s’y rencontrent : des catholiques convaincus, des personnes en quête spirituelle, mais aussi des amis ou des connaissances qui sont peut-être éloignés de l’Église et qui sont simplement invités à faire l’expérience de la vie communautaire. C’est précisément cette ouverture et cette diversité qui font des maisons des apôtres des lieux vivants de la nouvelle évangélisation.

En 2024, douze communautés apostoliques de Regnum Christi ont vu le jour dans les pays germanophones. Quelles sont vos attentes à cet égard ?

P. Valentin : Les communautés apostoliques locales complètent nos maisons et suivent le même principe fondamental : rendre tangibles la communauté et la mission, la prière et l’apostolat au niveau local. En même temps, elles produisent d’autres fruits importants que nous recherchons délibérément. Elles offrent aux laïcs un espace d’engagement – y compris dans des responsabilités de direction – et contribuent ainsi à une bonne coopération et à un allègement de la charge de travail de nos prêtres dans leur ministère pastoral.

Ces communautés apostoliques sont un foyer spirituel pour les membres, les amis et les sympathisants de Regnum Christi où elles sont implantées, un lieu de proximité et d’appartenance, mais aussi un lieu ouvert aux personnes en quête de spiritualité ou éloignées de l’Église. En outre, elles permettent de suivre de près les développements pastoraux des diocèses locaux et de contribuer concrètement à leur élaboration.

Ces communautés s’intègrent très bien dans le contexte général, notamment en ce qui concerne les nouvelles orientations pastorales. Je pense par exemple à Vienne avec des initiatives antérieures telles que Apostelgeschichte 2.0, à Cologne et à ses nouvelles priorités pastorales ou aux processus de réforme diocésains à Passau, qui ouvrent chacun de nouveaux horizons, tant pour les maisons apostoliques que pour les communautés apostoliques.

Autrefois, les Légionnaires du Christ étaient connus pour leurs nombreuses vocations. Il existe désormais un noviciat commun à Madrid, l’école apostolique a été fermée en 2024. Qu’en est-il des nouvelles vocations dans la province ?

P. Valentin : Les défis dans le domaine de la pastorale des vocations sont grands. Les jeunes ont du mal à prendre des décisions qui vont déterminer leur vie et craignent souvent de s’engager pour toujours. L’Église elle-même et ses communautés religieuses doivent présenter leur vie et leur mission de manière attrayante, et l’accompagnement des jeunes doit répondre aux besoins actuels. Nous déployons davantage de moyens, de prières et d’accompagnement pour aider les jeunes à trouver leur voie. Nous sommes conscients que personne ne peut « créer » une vocation et nous demandons avant tout au Seigneur de la moisson de nous l’accorder avec confiance. Actuellement, trois jeunes hommes de langue allemande examinent leur vocation à Madrid. Cela fait longtemps qu’il n’y en avait pas eu autant !

Comment expliqueriez-vous aujourd’hui la spiritualité et le charisme à un jeune homme qui s’intéresse aux Légionnaires du Christ ? Qu’est-ce qui les caractérise et les rend attrayants ? 

P. Valentin : L’appel du Christ nous encourage à montrer son amour aux hommes et à les conduire vers son cœur. Je pense que cette dynamique missionnaire est une clé essentielle pour attirer et enthousiasmer les jeunes : l’expérience de faire partie d’une mission, l’évangélisation dans un monde qui a besoin de Dieu. Un autre aspect important est le témoignage d’une vie attrayante, épanouie et consacrée à Dieu : une existence sacerdotale en communion avec les autres, dans des communautés joyeuses et saines, qui ont un attrait particulier en cette période de grande solitude.

Tout aussi essentiel pour nous est l’accompagnement et la formation des personnes pour qu’elles deviennent des disciples et des apôtres. Participer soi-même, prendre des responsabilités et aider les autres à découvrir leur vocation, à grandir dans celle-ci et à s’épanouir en tant qu’être humain et personnalité est profondément significatif pour beaucoup. C’est dans cette croissance commune dans le sens de la vie de disciple et de l’apostolat que réside un grand attrait de notre cheminement.

Tout cela est marqué par notre spiritualité, qui est christocentrique, missionnaire et mariale, associée à une solide formation spirituelle et académique. À ceux qui souhaitent trouver leur voie chez nous, je dirais : Venez et voyez ! Apprenez à nous connaître, prenez le temps de prier, de lire des ouvrages spirituels, peut-être même de faire une retraite, et ne parcourez pas ce chemin seul, mais avec un accompagnateur spirituel. C’est ainsi qu’un jeune homme peut aujourd’hui découvrir, pas à pas, où Dieu l’appelle.

En Allemagne et en Autriche, Regnum Christi compte environ 700 femmes et hommes qui travaillent avec une trentaine de légionnaires du Christ. Les laïcs doivent assumer de plus en plus de responsabilités. Comment y parvenir – et comment y parvenir à l’avenir ?

P. Valentin : Dans la pratique, la responsabilité des laïcs ne passe pas seulement par la collaboration ou la bonne coopération, mais surtout par le fait que nous partageons et déléguons consciemment les compétences en matière d’organisation et de décision. C’est ainsi que les talents peuvent – et doivent – se développer. Dans la composition de nos équipes de direction, nous essayons de diriger de manière de plus en plus axée sur les charismes et d’employer les personnes en fonction de leurs talents. 

C’est précisément cette coopération visionnaire commune qui est renforcée par le fait que des personnes disposant de charismes, d’expériences et de perspectives différents assument des responsabilités.

Dans le même temps, il est important pour nous de ne pas laisser les laïcs seuls face à cette responsabilité. C’est pourquoi nous nous appuyons sur l’accompagnement et sur des offres de formation ciblées. Car une chose est claire : personne ne naît leader. Mais avec l’aide de Dieu, de la bonne volonté et d’un bon accompagnement spirituel et professionnel, il est possible d’apprendre ce style de leadership de Jésus et de s’y épanouir.

Nous considérons donc la direction commune comme un processus d’apprentissage et de croissance qui renforce durablement notre mission, aujourd’hui et à l’avenir.

Tout cela doit être financé par des dons. Comment les Légionnaires du Christ et la Fédération veulent-ils et peuvent-ils poursuivre leur travail dans de bonnes conditions ?

P. Valentin : Dans le domaine de la collecte de fonds également, nous misons délibérément sur une décentralisation saine. Notre expérience nous montre que ceux qui participent à la mission sur place s’engagent avec plus de joie et de responsabilité. Dans les communautés apostoliques, nous travaillons avec des personnes qui bénéficient directement de nos activités, par exemple à travers des camps, des retraites, des formations continues ou des journées d’étude. Cette proximité avec le travail pastoral permet souvent aux personnes de passer plus facilement du simple fait de recevoir à celui de participer.

Beaucoup ne veulent pas seulement profiter des activités, mais souhaitent consciemment faire partie de la mission. Cela se reflète également sur le plan financier : alors que la collecte de fonds globale est dans l’ensemble en baisse, nous constatons sur place une volonté croissante de soutenir des offres catholiques de qualité et crédibles et de s’impliquer, dans la mesure du possible. Cette forme de coresponsabilité renforce la base financière, l’identification à notre mission et assure une plus grande stabilité à long terme.

Vous êtes prêtre depuis 2010. Pourquoi avez-vous voulu devenir prêtre et qu’est-ce qui nourrit votre vocation aujourd’hui ?

P. Valentin : Au début de ma vocation, il y avait surtout le témoignage de personnes qui m’étaient très proches : mes parents, de bons amis, ainsi que des hommes et des prêtres qui avaient entièrement consacré leur vie à Dieu. Ce témoignage m’a profondément impressionné, même si j’ai longtemps refusé de l’admettre.

À cela s’est ajoutée, dans ma jeunesse, une expérience d’insatisfaction intérieure, malgré de bonnes amitiés et l’une ou l’autre relation. Il y avait toujours cette question du « plus » : n’y a-t-il pas plus dans la vie ? Ce désir m’a accompagné et m’a ouvert à l’œuvre de Dieu.

Aujourd’hui, après 25 ans de vie religieuse – je suis entré en 2000 – et 15 ans de sacerdoce, je peux dire avec une profonde conviction : Jésus-Christ tient ses promesses ! Dans l’amitié avec lui, dans la confiance qu’il veut se servir de moi comme instrument – pour beaucoup de personnes, pour les jeunes et les plus âgés, pour les familles, pour ceux qui sont en quête, pour ceux qui sont éloignés et pour ceux qui sont convaincus. C’est ce qui porte ma vocation jusqu’à aujourd’hui.

Qu’est-ce qui caractérise Valentin Gögele en tant que personne ? Comment gérez-vous les difficultés ? 

P. Valentin : On me dit souvent que j’ai une vision positive des gens, des situations et des défis, et un certain enthousiasme. J’essaie de ne pas compliquer inutilement les choses, mais de vivre dans l’action de grâce. Je remercie Dieu chaque jour de me donner l’énergie et la joie – en lui, dans mon travail et dans mon engagement pour son royaume. Malgré toutes les difficultés – ou peut-être justement à cause d’elles – je peux porter un regard plein d’espoir sur le monde, car il a tellement besoin de l’amour et de la miséricorde de Dieu.

Face aux difficultés, il est important pour moi d’avoir une grande confiance. J’essaie de remettre les choses entre les mains de Dieu et de croire qu’il a une perspective plus large – notre vie et la vie éternelle. Même si nous ne voyons pas encore de solution, je vis avec la conviction que Dieu la connaît déjà. Cette confiance apporte la paix et la sécurité intérieure. En même temps, elle nous invite à apprendre la patience, à grandir dans la confiance et à accepter humblement notre place – en tant qu’êtres humains et créatures de Dieu.

Quelle expérience en tant que prêtre vous a marqué ?

P. Valentin : Il y a eu de nombreux moments marquants, car j’aime passionnément être prêtre. J’ai par exemple eu la grâce et la joie d’accueillir deux fois saint Jean-Paul II – ce furent des moments très particuliers. Lors de ce Chapitre général à Rome, j’ai pu rencontrer personnellement le pape Léon XIV – incroyable et presque surréaliste !

Mais pour résumer, je dirais que les moments les plus beaux et les plus marquants sont toujours les rencontres avec les personnes. Apprendre à les connaître, d’abord peut-être superficiellement, puis jusqu’au cœur et à l’âme : je considère cela comme un grand cadeau. Je dis souvent que les plus beaux livres que j’ai pu lire dans ma vie sont les personnes que j’ai rencontrées. Cela vaut particulièrement pour les jeunes avec lesquels j’ai pu passer du temps, que j’ai pu accompagner et avec lesquels j’ai pu parcourir une partie de leur chemin avec Jésus. Ces rencontres m’ont profondément marqué en tant que prêtre et continuent de me marquer aujourd’hui.

Père Valentin, merci beaucoup pour cet entretien !

Les questions ont été posées par Carina Whitman, Karl-Olaf Bergmann et Franz Schöffmann.