Vous êtes ici

Accueil

Petit, bleu et pour la révolution : le nouveau DOCAT

Mis à jour le 04 février 2017 à 07:38Publié le 04 février 2017 à 07:38

Un « vivre ensemble » pacifique est-il possible entre chrétiens et musulmans ? Comment le terrorisme peut-il être effectivement combattu ? L’euthanasie est-elle moralement permise ? La famille a-t-elle sa place dans la société moderne ? Y a-t-il de bons et de mauvais media ? La prospérité est-elle éthiquement correcte ? Les catholiques peuvent-ils s'engager dans un parti dont les positions ne sont pas en accord avec l'enseignement du Christ ? Mille questions ! Et, d'abord, celle-ci : « Y a-t-il des réponses possibles ? Et surtout, si oui, l'Église catholique peut-elle (encore !) dire quelque chose ?

 

par Karl-Olaf Bergmann
(traduit de l’allemand)

 

Le livre à la reliure bleu ciel est discrètement actif. Sur le grand « Y » de la couverture, que certains identifient immédiatement, est écrit en caractères gras DOCAT, puis rien d'autre que la simple question : « Que faire ? »

Le DOCAT paraît donc dans le même format que tous les livres de la « YOUCAT-fondation ». À peine plus haut et plus large qu'une feuille A5 et épais de 2 cm ½. Le format rend, une fois encore, le livret très maniable, facile à feuilleter ; il y a même un marque-page en étoffe, très pratique. La prise en main laisse une impression de solidité, de robustesse. Jusque là, rien de très marquant... mais en le retournant, je tombe sur cette citation :

 « Un chrétien, s’il n’est pas révolutionnaire en ce temps, n'est pas chrétien ! »

Je dois relire deux fois ces courtes lignes, écrites en caractères un peu plus grands. Chrétien et révolutionnaire ? Est-ce possible ? Je regarde de nouveau la couverture et je réalise que la question « Que faire ? » peut avoir plusieurs interprétations : incertitude ou perplexité, interrogation ou sollicitation ? Qu'est-ce, finalement, que ce DOCAT ? Et, d’abord, de qui est cette citation ?

Le 17 juin 2013, le pape s'adressait par des paroles pénétrantes aux participants du congrès ecclésial du diocèse de Rome : « Il y a eu beaucoup de révolutionnaires dans l’histoire, beaucoup. Mais personne n’a eu la force de cette révolution que nous a apportée Jésus : une révolution pour transformer l’histoire, une révolution qui change en profondeur le cœur de l’homme. Les révolutions de l’histoire ont changé les systèmes politiques, économiques, mais aucune d’elles n’a véritablement modifié le cœur de l’homme. La vraie révolution, celle qui transforme radicalement la vie, c’est Jésus-Christ qui l’a accomplie à travers sa Résurrection. Et Benoît XVI disait de cette révolution qu’elle est “la plus grande mutation de l’histoire de l’humanité“ ».
Réfléchissons-y... La plus grande mutation de l'Histoire de l'humanité ; une vraie révolution, dont nous sommes, nous, garçons et filles, les acteurs ; car nous sommes aujourd'hui, sur ce chemin de « la plus grande mutation de l'humanité » ! Le pape François incitait ainsi ses auditeurs à se préparer à un « combat spirituel ». « On ne peut pas prêcher l’Évangile sans ce combat spirituel : un combat de tous les jours contre la tristesse, contre l’amertume, contre le pessimisme ; un combat de tous les jours ! Semer n’est pas facile. Il est plus beau de récolter, mais semer n’est pas facile, et cela est le combat quotidien des chrétiens. »

Avant même de lire le début de ce livre, j'ai compris : le DOCAT veut justement déclencher cette révolution. Une révolution qui, à première vue, ne semble pas remarquable ou dangereuse, parce qu'elle commence au cœur de l'homme.

Alors, à qui s'adresse DOCAT, et dans quel but ? Ce sont particulièrement les jeunes gens qui doivent se sentir interpellés, disent eux-mêmes les 26 auteurs du livre, dont l'équipe est encadrée par les cardinaux Christoph Schönborn (Vienne) et Reinhard Marx (Munich Freising). Dans la préface du DOCAT, le pape aussi s'adresse aux jeunes directement : « Chers jeunes ! » Il voudrait lui-même « léguer » ce livre à la jeunesse, écrit-il, car c'est « un mode d'emploi en quelque sorte pour nous aider par le biais de l'Évangile, à d'abord nous changer nous-mêmes, pour ensuite changer notre entourage immédiat, et au final changer le monde entier. »

 

Que le rêve du pape devienne réalité

Le DOCAT atteindra-t-il une jeune génération, qui est occupée à jouer au « Pokémon go » dans la rue ou à faire un selfie dernier cri sur Instagram ? Avec l'appli DOCAT programmée pour Smartphone (iOS et Android) les éditeurs font, en tout cas, un grand pas vers les jeunes. Sur l'écran d'entrée apparaît le visage du pape François et, comme s'il voulait s 'adresser directement aux abonnés, suivent les mots : « Mon rêve : 1 million de jeunes chrétiens, de préférence même toute une génération, qui soient pour leur contemporains la ‘doctrine sociale à deux pattes’ ». Sur l'appli suit cette invitation : « Fasse que le rêve du pape devienne réalité ». Or, de quoi rêvent les jeunes d'aujourd'hui ?

D'après une étude réalisée par SINUS en 2016, la famille et la stabilité relationnelle ont pour la plupart des jeunes une grande valeur. La majorité des jeunes souhaitent avoir des enfants. Les trois dernières études de SINUS (2008, 2012 et 2016) montrent également que les jeunes gens ont, avant tout, une grande soif de sens à donner à leur vie. Mais ils ont aussi des peurs : actes terroristes, pollution, changement climatique, situation économique mauvaise et difficultés d'emploi (d'après une enquête SHELL de 2015).

 

Le contenu du DOCAT traite, sur 320 pages, 12 thèmes :

  1. Le grand projet de Dieu : l'amour
  2. Ensemble, plus forts : l'Église et le fait social
  3. Unique et infiniment précieuse : la personne humaine
  4. Bien commun, personnalité, solidarité, subsidiarité : les principes de la doctrine sociale
  5. Le fondement de la société : la famille
  6. Profession et vocation : le travail de l’être humain
  7. Prospérité et justice pour tous : l'économie
  8. Pouvoir et morale : la communauté politique
  9. Un monde, une humanité : la communauté internationale
  10. Préserver la création : l'environnement
  11. Vivre en liberté et sans violence : la paix
  12. L’engagement personnel et communautaire : réaliser l'amour

Un grand nombre de jeunes devraient, d'après tout cela, retrouver les thèmes qui les concernent, leurs espoirs et leurs soucis.

On trouve en permanence dans DOCAT des questions en caractères gras traversant tous les thèmes et donnant au contenu sa précision. Cela crée une classification, presque sous forme de dialogue, parce que l'on s'adresse directement au lecteur. D’ailleurs, tout le contenu est répertorié en 328 paragraphes. Chaque paragraphe comprend une pensée, une citation, voire une réponse qui, à son tour, oriente vers d'autres articles du DOCAT. De plus, des signes et symboles caractéristiques complètent avec méthode une utilisation plutôt intuitive. Ces signes et symboles sont pratiques et aident à se repérer dans le contenu, à l'approfondir et à mettre en rapport les articles les uns avec les autres.

 

Une présentation vivante, beaucoup de photos et de citations 

Les illustrations d'Alexander von Lengerke pétillent, une fois de plus, de vie ! De nombreuses photos, avant tout de jeunes, et des motifs pleins de bonne humeur, font de la lecture du DOCAT une véritable expérience ; la plupart des photos sont issues d'un concours mondial de photographie.

À la fin de chacun des thèmes, on nomme et on présente rapidement les documents ecclésiaux, qui se rapportent au sujet traité. L’on trouve aussi en marge des thèmes et questions du DOCAT des citations quasi-innombrables. Elles sont d'origines les plus variées : des saints, des savants, des écrivains ou encore des politiques. On en trouve une classification, à la fin du livre, grâce à un registre des noms et à une liste des mots-clefs.

« Non, dans le monde moderne, il n'y a plus beaucoup de convictions, morales ou religieuses, partagées par tous. Voilà pourquoi ce monde est devenu des plus complexes. Chaque cellule fonctionne selon des accommodements personnels de la loi... Cela touche aussi les familles. L'Église veut le bien et la dignité de chaque être. C'est cela qui fait l’unité. Nulle part ailleurs que dans une culture où des idéaux élevés et de bonnes relations entre les gens soutiennent la vie de tous les jours, on ne trouvera des gens mieux accomplis. C'est ainsi qu'on peut démontrer, ou apprendre, que l'attention réciproque, la justice, le dialogue et l'amour sont plus importants que toute autre chose pour une vie en commun réussie. C'est pourquoi la famille n'est pas une simple institution, qui s’insérerait dans la société moderne ; elle est le noyau de l'intégration humaine ! C'est là que s'installent les fondements sociaux et humains, vitaux aussi bien pour l'état, que dans tous les domaines de la vie en société (ex : économie, politique, culture) », voilà ce qu'on lit dans DOCAT.
Ainsi au n° 116, à la question : « La famille est-elle compatible avec la société moderne ? » trouve-t-on des citations de Henry Ford, saint Augustin ou encore Astrid Lindgren, et l’on trouve aussi, uniquement pour cette question, cinq références à d'autres chapitres. Toutes les questions de cette cinquième partie du DOCAT ont été élaborées par Ursula Nothelle-Wildfeuer et Elisabeth Zschiedrich.

Une étude de SINUS en 2016 titrée « Qu'est-ce qui branche les jeunes ? » a constaté que même étant engagés dans la pastorale des jeunes de l’Église, ou dans une activité comme servant de messe, ou participant aux « Églises pour les jeunes », les jeunes gens voient rarement un rapport direct entre ces expériences et leur foi personnelle et leur quotidien (p. 354).
Ils ne peuvent plus non plus dire qu'ils adhèrent à l'idée, pourtant répandue dans les communautés, que leur foi est vivante et sensible au quotidien (cf. p. 356). En même temps, des motivations d'ordre social sont clairement au premier plan de leur pratique religieuse (cf. p. 368).
« Cette génération de jeunes a appris, à travers des événements comme le 11 septembre, Fukushima et la crise économique, que plus rien n'est sûr » disait récemment le philosophe Klaus Hurrelmann, dans une interview à la WAZ.

 

Le nouveau DOCAT ne traite pas seulement de la plupart des thèmes importants pour la jeunesse, il concentre ces questions et tout ce qui s'y rapporte ; il ose, finalement, ce qui semble aujourd'hui impossible dans ces domaines si complexes, donner des réponses concrètes et solides, qui ouvrent un chemin clair et sûr... pas seulement pour les jeunes, d'ailleurs ! À lui seul, le courage d’entreprendre cela peut surprendre. La sagesse populaire dit « Le monde appartient aux courageux ». DOCAT fait preuve de ce courage : faire vivre le rêve d'un monde meilleur.

Ce n'est pas un livre de lecture, il prétend aussi être plus qu'un ouvrage de référence moderne, qui présenterait une connaissance nouvelle, et aurait fait ses preuves, qui parlerait des questions actuelles et éternelles concernant le « vivre ensemble » de l'humanité. L'équipe d'auteurs, qui rassemble des spécialistes en sciences sociales et des théologiens comme le Dr Amd Küppers et le professeur Dr Peter Schallenberg, présente la doctrine sociale de l'Église comme un message libérateur, comme un grand rêve, qui peut devenir réalité.

On montre clairement combien l'Évangile et le fait social sont intimement liés dans la foi chrétienne, et comme celle-ci ne peut être réduite à la sphère privée. Le DOCAT donne finalement le courage d'avoir confiance en notre foi chrétienne pour voir grand et, par elle, aller à la rencontre du monde. Cette foi pourra-t-elle éveiller le désir d’un monde meilleur et d’un idéal qui y conduira et pourra-t-elle faire naître et grandir la passion pour sa réalisation ? Cela dépendra essentiellement de témoins ayant une foi chrétienne agissante qui communiqueront le feu, « la révolution des cœurs » à la jeunesse.

 

Orienter et changer les choses

« Ta promesse... » lit-on, finalement sur l'appli du DOCAT, « Donne au pape ta promesse qu'avec l'aide de l’appli DOCAT tu veux changer le monde. » De l'intérieur vers l'extérieur ; nous devons d'abord nous changer nous-mêmes, ensuite, nous pourrons changer notre entourage et, finalement, le monde, pour que celui-ci devienne « un meilleur endroit où vivre ». On fait ainsi très grandement confiance aux jeunes ! Il faut s'y mettre tout de suite – encourage l'appli – et devenir membre d'un grand mouvement. Le DOCAT souligne ainsi que la foi chrétienne peut, concrètement, dans notre propre vie et dans la société – dans les circonstances actuelles – orienter et changer les choses. La foi n'est pas seulement une idée, un enseignement, mais une réelle force pour agir au jour le jour.

« Oui, je promets » peut-on cliquer sur l'appli du DOCAT ; on devient ainsi membre d'une communauté en ligne, la communauté DOCAT. Fin août 2016, un mois seulement après son lancement, cette communauté comptait déjà, pour la version en langue allemande, 60 000 jeunes. J'en fais partie, d'ailleurs, et je suis fermement convaincu que le nouveau DOCAT entraînera encore plusieurs milliers – peut-être un million, comme le dit le pape – de personnes qui, ensemble, chaque jour, rendrons le monde vivable.

Le nouveau DOCAT, sous la direction de Bernard Meuser, est un ouvrage de la « YOUCAT-fondation » et est édité par la Conférence des évêques d'Autriche. Il coûte 20 euros ; l'appli DOCAT peut être téléchargée gratuitement depuis le Google Play Store ou l'App Store d'Apple.

(Les réponses aux questions posées au début de cet article se trouvent dans DOCAT aux § 328, 300, 77, 116, 44, 161 et 319).

-------------

Ce compte-rendu a été fait à la demande de « katholisch.de » et est paru, sous le même titre, dans un résumé plus court, le 8 septembre 2016 sur « katholisch.de ».

Karl-Olaf Bergmann dirige le département communication et relations publiques de la congrégation des légionnaires du Christ, pour la Province Europe de l'Ouest et Europe centrale.

Une publication de www.regnumchristi.eu

 

 

Image

Mots-clés: Regnum Christi, Actualité

Services par e-mail

Le site Regnum Christi vous offre un accompagnement au quotidien.

Actualités du même thème

Regnum Christi