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Ma relation avec le Christ

Mis à jour le 06 février 2017 à 21:04Publié le 02 février 2017 à 15:04

L’expérience de mon prochain est une occasion que je vis chaque jour. C’est mon mode de vie, l’être avec les autres. Quelle attitude adopter, comment dois-je vivre ma capacité d’être relationnel avec le Christ ? Réflexions du frère Xavier Kerrand, LC.

Laissons parler le Saint-Père :

« Cela nous invite non seulement à admirer les connexions multiples qui existent entre les créatures, mais encore à découvrir une clé de notre propre épanouissement. En effet, plus la personne humaine grandit, plus elle mûrit et plus elle se sanctifie à mesure qu’elle entre en relation, quand elle sort d’elle-même pour vivre en communion avec Dieu, avec les autres et avec toutes les créatures ».[1]

L’homme se réalise quand il se met en relation avec Dieu et les hommes. L’autre se voit comme une personne que je peux aimer et qui m’aime, quelqu’un qui peut m’aider, une personne de laquelle j’accepterai des corrections, c’est un ami, j’ai confiance en lui. Au contraire, si je me donne à moi-même, où je suis le centre d’intérêt, alors ce qu’a dit Sartre a toute sa valeur : « l’enfer, c’est les autres. »[2]

Cette altérité de l’être humain, on l’expérimente tous les jours, à chaque instant, que ce soit au travail, avec des amis ou la famille, que l’on marche dans la rue, que l’on prie, etc. Le fondement même du bien est de vivre en premier lieu avec le Bien pour que l’on puisse le voir, l’apprendre et le transmettre. Ce Bien est Jésus-Christ en personne, le visage visible de Dieu invisible, Dieu qui est charitas, la charité même. Les grecs avaient une tripartition du mot amour, qui pour nous est équivoque. En premier lieu c’est έροσ (eros) – amour plus sensuel –, ensuite φιλία (filia) – amour d’amitié –, et enfin αγάπη (agape), amour de donation. Dieu notre Seigneur l’utilise quand il se trouve avec Pierre au bord du lac après la Résurrection. Jésus lui pose trois fois la question de savoir s’il l’aime. Dieu alors se rabaisse à la hauteur de Pierre à ce moment, le φιλία. Petit à petit, Pierre apprendra à aimer comme le fait le Christ, à savoir αγάπη.

Ainsi je dois renforcer ma relation avec le Christ. La parabole du fils prodigue[3] met en relief un aspect important : les deux fils ne vivent pas correctement, ils ne savent pas aimer. Le premier croit pouvoir trouver le bonheur dans le monde matériel, physique ; le second vit avec son père et lui obéit, mais ce n’est qu’une obéissance servile, sans esprit, sans amour. Les deux fils sont centrés sur eux-mêmes et ne se trouvent pas heureux. Le premier veut un amour facile, pour lui. Le second cherche un amour aussi pour lui, non sensuel mais vaniteux. Le père nous montre ce qu’est l’amour véritable : il regarde les autres et fait de son mieux pour qu’ils soient heureux, sans leur enlever leur liberté. Il accepte que son fils s’en aille. On peut s’imaginer le père avant les séparations essayant de tout faire pour le dissuader de ne pas partir. On a un autre aperçu de son amour pour son fils. Il l’attend chaque jour et force la vue pour le voir. Jour après jour jusqu’au moment où il le voit, encore au loin, et il court l’embrasser.

Pour le fils aîné, il lui fait comprendre qu’il est nécessaire de se réjouir du bien des autres, quand c’est un véritable bien. Être heureux pour l’autre. Cela veut dire prendre soin de mon prochain, le faire passer avant moi (sans pour autant me négliger), l’aider, lui faire prendre le bon chemin. Le père le lui fait comprendre :

« Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »[4]

Le Christ est l’image visible du Dieu invisible. Voyant le père aimant ainsi, nous y retrouvons aussi Jésus-Christ. Je dois arriver à cette relation d’amitié avec Dieu. Pourquoi lui refuser ce qu’il veut ?

Est-ce que je veux cette amitié ? Aurais-je peur des conséquences que pourraient entraîner cette amitié ? Je choisis et chaque choix dit oui à une position et non à une autre. Le jeu de la liberté est de choisir ce qui permet de me rapprocher du bien, d’être meilleur. Nous sommes naturellement portés vers ce qui nous convient et ce qui nous convient en premier lieu, c’est le bien, en soi, Dieu lui-même.[5] C’est donc choisir la volonté de Dieu, vivre plus proche du Christ, être son ami. Quand je prends l’engagement du mariage, acte d’amour, j’assume les conséquences de cette union : la liberté, la fidélité, l’indissolubilité et l’ouverture à la vie. La peur s’évanouit parce que je me meus dans la dynamique de l’amour. L’amour nous pousse à être plus proche du Christ, à vouloir le bien de mon prochain, à construire son Règne.

Construisons en premier lieu ce Règne dans nos cœurs, car son Règne est vraiment l’avènement de la vie divine en nos cœurs, c’est « vivre d’amour[6] ».

Les ingrédients disponibles pour une bonne amitié avec le Christ sont, avant toute chose, la prière et les sacrements.

La prière est un regard vers Dieu. Dans l’église Saint-Damien, à Assise, nous pouvons lire cette phrase sur la prière : « Ce n’est pas la voix, mais le désir, non le cri, mais l’amour, non les instruments, mais le cœur qui chantent à l’oreille de Dieu »[7]. Comme nous le voyons, c’est aller vers un ami, c’est un mouvement d’amour vers celui qui nous a créés. Saint Augustin dit : « Tu nous as fait pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure pas en toi »[8]. La prière n’est pas un poids, une obligation, mais un désir de rencontrer Dieu. Lui donner du temps, notre temps. Saurions-nous lui en offrir, nous qui sommes si occupés par nous-mêmes et nos activités pendant nos journées ?

           

Le Seigneur est venu pour les pécheurs et non pour les justes. Ceux qui se trouvent justes n’en ont pas besoin. Pourquoi un bien portant irait-il voir le médecin ? Le Christ a institué les sacrements, entre autres choses, pour un accroissement des forces spirituelles dans nos âmes. Le sacrement de l’Eucharistie nous a été accordé pour renforcer mon amitié avec le Christ, l’approfondir, tandis que la confession est là pour réparer mon amitié si j’ai offensé gravement cet ami, et pour la rendre plus délicate. Avant la réception de ces sacrements, il faut s’y préparer : arriver à l’avance à la messe, avoir un missel pour suivre, considérer les différentes postures comme des signes d’adoration. Pour la confession, il est bon de pouvoir faire un petit examen de la journée chaque soir avant de se coucher.
Avec cette bonne habitude, bon nombre de défauts diminueront et notre relation d’amitié avec le Christ et ceux qui nous entourent s’amélioreront. Ainsi, le jour de la confession, il sera plus simple de savoir sur quels manquements je demanderai pardon au Seigneur. Lors de la confession, une sincère contrition de ses péchés, avec la ferme proposition de ne pas recommencer est nécessaire. Il ne faut pas non plus cacher certaines fautes, car « si le malade rougit de découvrir sa plaie au médecin, la médecine ne soigne pas ce qu’elle ignore ».[9]

On comprendra que la prière est un heureux moment, que je m’approche de l’Eucharistie avec une certaine joie et que je n’irai pas me confesser « avec un boulet de 36 attaché aux pieds » mais le sourire aux lèvres.

Le but de chaque être humain est d’approfondir sa relation d’amitié avec le Christ, construire son Règne dans sa vie et par la suite dans celle de son prochain. Redisons alors chaque jour cette prière de saint Augustin :

« Donne-moi la force de te chercher, ô toi qui m’a permis de te trouver,

et qui m’a fait espérer te trouver davantage. »[10]

 

 

Le frère Xavier Kerrand, originaire de Rennes, est séminariste en master de philosophie au Centre des Études Supérieures à Rome.

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[1] Saint-Père François, Laudato sí, # 270.

[2] J.-P. Sartre, La nausée, Gallimard, 1938.

[3] Lc 15, 1-32.

[4] Lc 15, 32.

[5] Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, Ia-IIae q.26-28.

[6] Sainte Thérèse de l’enfant-JÉsus, Œuvres complètes, éditions du cerf DDB 1992, Manuscrit B, p. 226.

[7] Église Saint-Damien, Assise. Le chœur en bois, œuvre de 1504, porte au sommet des stalles cette inscription qui rappelle le contenu de la prière. Saint François d’Assise restaura l’église en 1206 après l’appel que le Christ lui fait par le crucifix.

[8] Saint Augustin, Les confessions, I, 1, 1.

[9] Saint Jérôme, Eccl. 10, 11.

[10] Saint Augustin, La Trinité, XV, 28, 51.

 

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