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Lettre de Carême du P. Eduardo Robles-Gil

Mis à jour le 02 mars 2017 à 09:47Publié le 01 mars 2017 à 11:54

À l'occasion du début du Carême, le P. Eduardo Robles-Gil, supérieur général des légionnaires du Christ et de Regnum Christi, s'adresse aux membres du Mouvement. Lisez également la lettre du pape François pour ce Carême.

1er mars 2017
Mercredi des Cendres

Aux membres de Regnum Christi

Très chers amis dans le Christ,

Aujourd’hui nous nous commençons avec toute l’Église le cheminement du Carême, moment spécialement propice à la conversion personnelle à l’Évangile, qui s’exprime particulièrement par la pratique de la prière, du jeûne et de l’aumône. Comme c’est la tradition au sein du mouvement Regnum Christi, je désire partager avec vous quelques réflexions qui peuvent vous accompagner pendant ce temps de grâce et de salut que Dieu nous offre dans sa Providence.

Cette année la liturgie dominicale de Carême nous invite, de façon spéciale, à redécouvrir le don du baptême par lequel nous avons été greffés sur le Christ, vigne véritable, et nous en sommes éclairés par sa lumière. Dans cette lettre, je voudrais m’appuyer sur le passage de l’aveugle-né que l’on proclamera le 4e dimanche de Carême (Jn 9, 1-41). Je ne prétends pas couvrir toute la richesse de ce passage, mais vous inviter au dialogue avec le Seigneur à la lumière de sa Parole.

Dans cet Évangile, saint Jean nous présente le Christ comme la lumière qui est venue dans ce monde (Jn 1, 9), lumière qui brille dans les ténèbres (Jn 1, 5) et nous rend capables de voir toute chose comme Dieu la voit. Jésus guérit l’aveugle et le rend capable d’apprécier la beauté qui se trouve dans le monde, la variété des couleurs, de reconnaître la diversité présente sur le visage de chacun et de lire les émotions que l’on entrevoit dans nos yeux. Comment douter que nous ayons tous besoin d’être éclairés par le Christ, de lui demander de nous ouvrir les yeux à la lumière de la foi, afin de pouvoir découvrir sa présence en nous, en notre prochain et chaque jour de notre vie ? (cf. Jn 14, 20 ; Mt 25, 40 ; Mt 28, 20)

L’aveugle fait confiance à Jésus qui l’envoie se laver à la piscine de Siloé. Il fait ce que lui dit Jésus, il se lave et revient en voyant, jusqu’à pouvoir reconnaître en celui qui l’a guéri le Sauveur du monde. De même, Jésus invite chacun à avoir confiance en sa Parole, en ses critères évangéliques, en son amour et sa miséricorde afin de voir la réalité par ses yeux et son cœur.

À la fin de l’Évangile de Jean, nous sommes face à un passage émouvant car il fait écho à la guérison de l’aveugle-né, et les yeux du disciple bien-aimé s’ouvrent (Jn 21, 1-14). Le Seigneur ressuscité se trouve au bord du lac et demande aux disciples s’ils ont pêché quelque chose. Il les invite à lancer les filets sur la droite. Immédiatement, voyant seulement un homme mystérieux qui pose une question typique que l‘on formule à tout pêcheur, Jean s’exclame : « C’est le Seigneur ! » (Jn 21, 7). Qu’est-ce qui permet à Jean de voir au-delà des apparences et de l’ordinaire ? Certainement la lumière de la foi. Cette foi se transforme en charité, en un désir de partager avec les autres ce qu’il a vu, ce qu’il a expérimenté (cf. 1 Jn 1, 1-3). L’Esprit Saint profite de ce geste apparemment insignifiant de Jean pour toucher le cœur de Pierre, qui se lance à l’eau pour arriver le plus vite possible vers Jésus.

Dans le contact quotidien avec Jésus nous pouvons apprendre à voir la réalité plus profondément, à découvrir la présence mystérieuse de Dieu qui se cache au cœur de tout événement et de chaque personne. Quand nous cherchons son visage, nous apprenons à reconnaître Jésus qui s’identifie à chacun de nos frères, spécialement les plus pauvres. Pour un membre de Regnum Christi, comme pour tout chrétien, cette expérience de Jésus ne peut être quelque chose que l’on garde uniquement pour soi. La charité le pousse à la partager, à irradier le Christ, parce qu’il est toujours apôtre.

Durant ce Carême il faut que nous demandions à l’Esprit Saint de nous illuminer pour que nous ne nous conformions pas au Christ uniquement par une série de pratiques externes, sacrifices et résolutions, qui peuvent être excellents, mais font courir le risque de ne pas toucher le cœur ni changer la vie. Nous désirons plutôt qu’il nous ouvre les yeux pour que nous puissions voir avec le regard de l’amour et ainsi découvrir Dieu agissant dans nos vies. Nous voulons que, par la foi, nous allions au-delà des apparences et des masques que nous utilisons parfois volontairement, parfois inconsciemment, pour reconnaître le Christ qui vit en nous et également en nos frères : aussi bien ceux qui nous sont sympathiques que ceux qui nous gênent ou nous blessent.

Ce n’est que par un regard de foi et d’amour, comme celui du Christ, qui est un don qui nous vient du ciel, que nous pourrons aimer le Christ en notre prochain et découvrir que nous aussi sommes des enfants aimés sans conditions. Approchons-nous du Christ pendant ces semaines de Carême avec la confiance de l’aveugle-né et demandons-lui d’oindre nos yeux, de nous laver par sa Parole et par les sacrements, afin qu’il soit notre lumière et que nous puissions être la lumière du monde. Demandons la grâce de voir Dieu présent et agissant dans l’Église et chez tant de personnes qui nous entourent pour l’aimer et le servir en elles. Que pendant ce Carême nous puissions voir en chacun un don que Dieu nous fait, car nous pouvons y voir le Christ qui nous parle, nous aime et nous invite à vivre comme des femmes et des hommes nouveaux.

Je vous adresse aussi le message du pape François pour ce Carême. Il vous donnera certainement une lumière pour cette période et cela peut être un bon thème de réflexion en famille et dans vos équipes.

Prions pour tout le Mouvement afin que le Seigneur lui donne un regard nouveau, plein de foi et de charité, pour découvrir et faire briller sa présence constante et miséricordieuse dans le monde. Que la Vierge Marie, Reine des apôtres, nous obtienne cette grâce pour toute la famille de Regnum Christi.

 

                  Votre frère dans le Christ,

                                                                                                            Père Eduardo Robles-Gil, LC

 

 

MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
POUR LE CARÊME 201
7

 

La Parole est un don. L’autre est un don

 

Chers Frères et Sœurs,

Le Carême est un nouveau commencement, un chemin qui conduit à une destination sûre : la Pâques de la Résurrection, la victoire du Christ sur la mort. Et ce temps nous adresse toujours un appel pressant à la conversion : le chrétien est appelé à revenir à Dieu « de tout son cœur » (Jl 2,12) pour ne pas se contenter d’une vie médiocre, mais grandir dans l’amitié avec le Seigneur. Jésus est l’ami fidèle qui ne nous abandonne jamais, car même lorsque nous péchons, il attend patiemment notre retour à Lui et, par cette attente, il manifeste sa volonté de pardon (cf. Homélie du 8 janvier 2016).

Le Carême est le moment favorable pour intensifier la vie de l’esprit grâce aux moyens sacrés que l’Eglise nous offre: le jeûne, la prière et l’aumône. A la base de tout il y a la Parole de Dieu, que nous sommes invités à écouter et à méditer avec davantage d’assiduité en cette période. Je voudrais ici m’arrêter en particulier sur la parabole de l’homme riche et du pauvre Lazare (cf. Lc 16,19-31). Laissons-nous inspirer par ce récit si important qui, en nous exhortant à une conversion sincère, nous offre la clé pour comprendre comment agir afin d’atteindre le vrai bonheur et la vie éternelle.

1. L’autre est un don

La parabole commence avec la présentation des deux personnages principaux ; cependant le pauvre y est décrit de façon plus détaillée : il se trouve dans une situation désespérée et n’a pas la force de se relever, il gît devant la porte du riche et mange les miettes qui tombent de sa table, son corps est couvert de plaies que les chiens viennent lécher (cf. vv. 20-21). C’est donc un tableau sombre, et l’homme est avili et humilié.

La scène apparaît encore plus dramatique si l’on considère que le pauvre s’appelle Lazare : un nom chargé de promesses, qui signifie littéralement « Dieu vient en aide ». Ainsi ce personnage ne reste pas anonyme mais il possède des traits bien précis ; il se présente comme un individu avec son histoire personnelle. Bien qu’il soit comme invisible aux yeux du riche, il nous apparaît connu et presque familier, il devient un visage; et, comme tel, un don, une richesse inestimable, un être voulu, aimé, dont Dieu se souvient, même si sa condition concrète est celle d’un déchet humain (cf. Homélie du 8 janvier 2016).

Lazare nous apprend que l’autre est un don. La relation juste envers les personnes consiste à reconnaître avec gratitude leur valeur. Ainsi le pauvre devant la porte du riche ne représente pas un obstacle gênant mais un appel à nous convertir et à changer de vie. La première invitation que nous adresse cette parabole est celle d’ouvrir la porte de notre cœur à l’autre car toute personne est un don, autant notre voisin que le pauvre que nous ne connaissons pas. Le Carême est un temps propice pour ouvrir la porte à ceux qui sont dans le besoin et reconnaître en eux le visage du Christ. Chacun de nous en croise sur son propre chemin. Toute vie qui vient à notre rencontre est un don et mérite accueil, respect, amour. La Parole de Dieu nous aide à ouvrir les yeux pour accueillir la vie et l’aimer, surtout lorsqu’elle est faible. Mais pour pouvoir le faire il est nécessaire de prendre au sérieux également ce que nous révèle l’Évangile au sujet de l’homme riche.

2. Le péché nous rend aveugles

La parabole met cruellement en évidence les contradictions où se trouve le riche (cf. v. 19). Ce personnage, contrairement au pauvre Lazare, ne possède pas de nom, il est seulement qualifié de “riche”. Son opulence se manifeste dans son habillement qui est exagérément luxueux. La pourpre en effet était très précieuse, plus que l’argent ou l’or, c’est pourquoi elle était réservée aux divinités (cf. Jr 10,9) et aux rois (cf. Jg 8,26). La toile de lin fin contribuait à donner à l’allure un caractère quasi sacré. Bref la richesse de cet homme est excessive d’autant plus qu’elle est exhibée tous les jours, de façon habituelle: « Il faisait chaque jour brillante chère » (v.19). On aperçoit en lui, de manière dramatique, la corruption du péché qui se manifeste en trois moments successifs: l’amour de l’argent, la vanité et l’orgueil (cf. Homélie du 20 septembre 2013).

Selon l’apôtre Paul, « la racine de tous les maux c’est l’amour de l’argent » (1 Tm 6,10). Il est la cause principale de la corruption et la source de jalousies, litiges et soupçons. L’argent peut réussir à nous dominer et devenir ainsi une idole tyrannique (cf. Exhort. ap. Evangelii Gaudium, n. 55). Au lieu d’être un instrument à notre service pour réaliser le bien et exercer la solidarité envers les autres, l’argent peut nous rendre esclaves, ainsi que le monde entier, d’une logique égoïste qui ne laisse aucune place à l’amour et fait obstacle à la paix.

La parabole nous montre ensuite que la cupidité rend le riche vaniteux. Sa personnalité se réalise dans les apparences, dans le fait de montrer aux autres ce que lui peut se permettre. Mais l’apparence masque le vide intérieur. Sa vie reste prisonnière de l’extériorité, de la dimension la plus superficielle et éphémère de l’existence (cf. ibid., n. 62).

Le niveau le plus bas de cette déchéance morale est l’orgueil. L’homme riche s’habille comme un roi, il singe l’allure d’un dieu, oubliant d’être simplement un mortel. Pour l’homme corrompu par l’amour des richesses, il n’existe que le propre moi et c’est la raison pour laquelle les personnes qui l’entourent ne sont pas l’objet de son regard. Le fruit de l’attachement à l’argent est donc une sorte de cécité : le riche ne voit pas le pauvre qui est affamé, couvert de plaies et prostré dans son humiliation.

En regardant ce personnage, on comprend pourquoi l’Évangile est aussi ferme dans sa condamnation de l’amour de l’argent : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent » (Mt 6,24).

3. La Parole est un don

L’évangile du riche et du pauvre Lazare nous aide à bien nous préparer à Pâques qui s’approche. La liturgie du Mercredi des Cendres nous invite à vivre une expérience semblable à celle que fait le riche d’une façon extrêmement dramatique. Le prêtre, en imposant les cendres sur la tête, répète ces paroles : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière ». Le riche et le pauvre, en effet, meurent tous les deux et la partie la plus longue du récit de la parabole se passe dans l’au-delà. Les deux personnages découvrent subitement que « nous n’avons rien apporté dans ce monde, et nous n’en pourrons rien emporter » (1 Tm 6,7).

Notre regard aussi se tourne vers l’au-delà, où le riche dialogue avec Abraham qu’il appelle « Père » (Lc 16, 24 ; 27) montrant qu’il fait partie du peuple de Dieu. Ce détail rend sa vie encore plus contradictoire car, jusqu’à présent, rien n’avait été dit sur sa relation à Dieu. En effet dans sa vie, il n’y avait pas de place pour Dieu, puisqu’il était lui-même son propre dieu.

Ce n’est que dans les tourments de l’au-delà que le riche reconnaît Lazare et il voudrait bien que le pauvre allège ses souffrances avec un peu d’eau. Les gestes demandés à Lazare sont semblables à ceux que le riche aurait pu accomplir et qu’il n’a jamais réalisés. Abraham néanmoins lui explique que « tu as reçu tes biens pendant ta vie et Lazare pareillement ses maux; maintenant ici il est consolé et toi tu es tourmenté » (v. 25). L’au-delà rétablit une certaine équité et les maux de la vie sont compensés par le bien.

La parabole acquiert une dimension plus large et délivre ainsi un message pour tous les chrétiens. En effet le riche, qui a des frères encore en vie, demande à Abraham d’envoyer Lazare les avertir ; mais Abraham répond : « ils ont Moïse et les Prophètes ; qu’ils les écoutent » (v. 29). Et devant l’objection formulée par le riche, il ajoute : « Du moment qu’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus » (v. 31).

Ainsi se manifeste le vrai problème du riche : la racine de ses maux réside dans le fait de ne pas écouter la Parole de Dieu ; ceci l’a amené à ne plus aimer Dieu et donc à mépriser le prochain. La Parole de Dieu est une force vivante, capable de susciter la conversion dans le cœur des hommes et d’orienter à nouveau la personne vers Dieu. Fermer son cœur au don de Dieu qui nous parle a pour conséquence la fermeture de notre cœur au don du frère.

Chers frères et sœurs, le Carême est un temps favorable pour nous renouveler dans la rencontre avec le Christ vivant dans sa Parole, dans ses Sacrements et dans le prochain. Le Seigneur qui – au cours des quarante jours passés dans le désert a vaincu les pièges du Tentateur – nous montre le chemin à suivre. Que l’Esprit Saint nous aide à accomplir un vrai chemin de conversion pour redécouvrir le don de la Parole de Dieu, être purifiés du péché qui nous aveugle et servir le Christ présent dans nos frères dans le besoin. J’encourage tous les fidèles à manifester ce renouvellement spirituel en participant également aux campagnes de Carême promues par de nombreux organismes ecclésiaux visant à faire grandir la culture de la rencontre au sein de l’unique famille humaine. Prions les uns pour les autres afin que participant à la victoire du Christ nous sachions ouvrir nos portes aux faibles et aux pauvres. Ainsi nous pourrons vivre et témoigner en plénitude de la joie pascale.

Du Vatican, le 18 octobre 2016,
Fête de saint Luc, évangéliste.

 

FRANÇOIS

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