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Les deux faces de la miséricorde

Mis à jour le 28 mai 2016 à 08:24Publié le 18 avril 2016 à 17:25

Réflexions du P. Roger Villegas, LC à l’occasion du Jubilé de la Miséricorde.

Nous pensons souvent à la miséricorde comme pardon : Dieu est miséricordieux parce qu’il nous pardonne et nous le sommes quand nous pardonnons à notre tour. Dans le langage courant nous assimilons la miséricorde à la compassion et au pardon. Or, dans l’histoire du salut nous découvrons que le mot miséricorde exprime aussi la fidélité aimante de Dieu envers son peuple : « Alléluia, rendez grâce au Seigneur, car il est bon, car éternel est son amour ! » (Ps 107, 1). Le pardon est une manifestation de cet amour fidèle de Dieu qui ne nous laisse pas tomber. En conséquence, nous ne devons pas attendre la confession, le pardon de Dieu, pour faire une expérience de la miséricorde. Sans cesse nous pouvons chanter la miséricorde de Dieu qui nous montre sa fidélité à chaque instant de notre vie.

Saint Augustin et la petite Thérèse ont bien saisi ces deux faces de la monnaie. Celle-ci écrit de manière lumineuse : « Je le sais : ‘celui à qui on remet moins, aime moins’ mais je sais aussi que Jésus m’a plus remis qu’à sainte Madeleine, puisqu’il m’a remis d'avance, m’empêchant de tomber. Ah ! Que je voudrais pouvoir expliquer ce que je sens ! Voici un exemple qui traduira un peu ma pensée. Supposons que le fils d’un habile docteur rencontre sur son chemin une pierre qui le fasse tomber et que dans sa chute il se casse un membre ; aussitôt son père vient à lui, le relève avec amour, soigne ses blessures, employant à cela toutes les ressources de son art et bientôt son fils complètement guéri lui témoigne sa reconnaissance. Sans doute cet enfant a bien raison d’aimer ainsi son père ! Mais je vais encore faire une autre supposition. Le père ayant su que sur la route de son fils se trouvait une pierre, s’empresse d’aller devant lui et la retire, sans être vu de personne. Certainement, ce fils, objet de sa prévoyante tendresse, ne sachant pas le malheur dont il est délivré par son père ne lui témoignera pas sa reconnaissance et l’aimera moins que s’il eût été guéri par lui... mais s’il vient à connaître le danger auquel il vient d’échapper, ne l’aimera-t-il pas davantage ? Eh bien, c’est moi qui suis cet enfant, objet de l’amour prévoyant d’un Père qui n’a pas envoyé son Verbe pour racheter les justes mais les pécheurs. Il veut que je l'aime parce qu’il m’a remis, non pas beaucoup, mais TOUT. Il n’a pas attendu que je l'aime beaucoup comme sainte Madeleine, mais il a voulu que je sache comment il m’avait aimé d’un amour d’ineffable prévoyance, afin que maintenant je l’aime à la folie !... J’ai entendu dire qu’il ne s’était pas rencontré une âme pure aimant davantage qu’une âme repentante, ah ! que je voudrais faire mentir cette parole !... » (Manuscrit A, 38v-39r). 

La petite Thérèse considère tout dans sa vie comme un don de miséricorde. Pour elle, raconter l’histoire de son âme n’est que « commencer à chanter ce que je dois redire éternellement ‘Les Miséricordes du Seigneur’ » (Manuscrit A 2r). Elle comprend que sa propre vie est un acte de miséricorde. En cette Année jubilaire le Seigneur nous invite à découvrir son amour d’ineffable prévoyance, à reconnaître son action dans nos vies, pour que nos cœurs chantent sa miséricorde infinie. Cette expérience fondamentale d’avoir reçu tout de lui, de notre condition radicale de créatures, nous fera comprendre que Dieu ne nous a seulement remis beaucoup, mais tout. Si la miséricorde comme pardon éveille en nous le désir d’aimer Dieu notre Père par-dessus toute chose, la miséricorde comme amour fidèle nous pousse à l’aimer à la folie.

 

 

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