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Le troisième jour, conformément aux Écritures

Mis à jour le 04 mai 2015 à 09:54Publié le 08 avril 2015 à 23:02

Le P. Michel Remaud, directeur d'un centre chrétien d'études juives à Jérusalem, explique la signification du verset de saint Paul : « Il est ressuscité le troisième jour, conformément aux Écritures » selon le procédé d'interprétation des Écritures de la Tradition juive. De nombreux passages bibliques mentionnant le « troisième jour » comme celui où se dénoue une situation critique, celui du don de la vie, inscrivent la Résurrection de Jésus, événement unique et sans précédent, dans la continuité de la Tradition d'Israël.

Au chapitre 15 de la première épître aux Corinthiens, saint Paul écrit à propos de Jésus : « Il est ressuscité le troisième jour, conformément aux Écritures. » (1 Co 15,3). On s’est parfois demandé à quels passages des Écritures Paul se référait ici. Les commentaires renvoient en général à ce passage du prophète Osée : « Il nous rendra la vie après deux jours, et le troisième jour, il nous relèvera et nous vivrons en sa présence. » (Os 6,2). Mais la référence à un verset isolé suffirait-elle à justifier que Paul ait parlé, au pluriel, des Écritures ?

Le « troisième jour » dans la Tradition juive

Il se trouve que ce thème du troisième jour est bien connu de la Tradition juive ancienne, qui a établi plusieurs listes des « troisième jour » dont parle l’Écriture. Nous citerons seulement ces passages, en invitant le lecteur à se reporter lui-même à la Bible pour en comprendre le contexte.

C’est « le troisième jour » qu’Abraham, parti sur l’ordre de Dieu pour le pays de Moria,  aperçoit la montagne sur laquelle il doit sacrifier son fils (Gn 22,4).

C’est « le troisième jour » que Joseph, qui a reconnu ses frères, alors qu’eux-mêmes ne l’ont pas encore reconnu, leur dit : « Faites ceci et vivez » (Gn 42,18)[1].

C’est le « troisième jour » après le passage de la Mer Rouge que les fils d’Israël, qui risquaient de périr de soif, peuvent se désaltérer après que les eaux de Mara ont été miraculeusement assainies (Ex 15,22-25).

C’est « le troisième jour » après l’arrivée d’Israël au pied du Sinaï que la Tora est donnée (Ex 19,16)[2].

C’est encore un « troisième jour » que les espions envoyés par Josué pour s’introduire dans Jéricho, après s’être dissimulés chez Rahab, la prostituée, peuvent regagner sains et saufs le camp des Israélites (Jos 2,16).

C’est « le troisième jour » que l’ange exterminateur, sur l’ordre de Dieu, fait cesser la peste qui frappait le peuple à la suite du recensement ordonné par David (2 S 24,15-16).

C’est « le troisième jour » que le roi Ézéchias, qui se croyait mourant, peut monter au temple, guéri, après avoir reçu la visite du prophète Isaïe (2 R 20,5.8).

C’est « le troisième jour » que le prophète Jonas est sorti vivant des entrailles du poisson (Jon 2,1).

C’est au terme de trois jours de jeûne (4,16) que la reine Esther, parée de ses vêtements royaux, obtient que le roi Assuérus réponde à son invitation. À la suite de quoi, l’ordre d’extermination des Juifs sera annulé (8,8).

La comparaison de tous ces passages fait apparaître le « troisième jour » comme celui où se dénoue une situation critique, voire désespérée. Le troisième jour est celui du don de la vie. C’est ce que résume un adage rapporté par les commentaires juifs anciens : « Jamais le Saint, béni soit-il, ne laisse les justes dans l’angoisse pendant trois jours. » (Genèse Rabba 91,7).

 Certains commentaires suggèrent que cette vertu du troisième jour est liée au fait que la Tora, qui est source de vie, a été donnée un troisième jour, alors que d’autres fondent cette caractéristique sur l’épisode de la « ligature d’Isaac » : c’est en effet un troisième jour, on l’a vu, qu’Abraham, qui s’apprêtait à sacrifier son fils, le retrouva vivant, comme le souligne de son côté l'épître aux Hébreux, qui voit dans cet épisode une « préfiguration » (11,19).

Ces passages bibliques sont extraits, à dessein, des trois parties de la Bible hébraïque : la Tora, ou le Pentateuque (Genèse, Exode), les prophètes (Josué, Samuel, Rois, Jonas) et les autres écrits (Esther). C’est un très bel exemple du procédé d’interprétation des Écritures désigné dans la Tradition juive par le terme de « collier » (hariza en hébreu). Ce procédé permet de fonder de manière particulièrement solide une affirmation dont on peut dire ensuite qu’elle est enseignée par l’ensemble de l’Écriture. Le verset d’Osée (« Il nous rendra la vie dans deux jours, et le troisième jour, il nous relèvera et nous vivrons en sa présence ») apparaît alors, non comme un texte isolé, mais comme la clef de lecture de tous les autres, et permet d’affirmer que c’est toute l’Écriture (Tora, prophètes et écrits) qui annonce la résurrection des morts pour « le troisième jour ».

Si cette interprétation est ancienne (et tout porte à penser qu’elle l’est), elle apporte un éclairage important au verset de Paul. Elle montre d’abord que la précision « le troisième jour, conformément aux Écritures », qui est entrée telle quelle dans notre Credo, n’est pas une création de l’Apôtre, ni une formule stéréotypée sans grande importance, mais qu’elle se réfère au contraire à une tradition authentiquement juive. La foi d’Israël n’affirme pas seulement la résurrection des morts, elle a perçu aussi une relation particulière entre cette espérance et « le troisième jour », ce jour où se sont produit deux événements porteurs de salut : l’offrande d’Isaac par Abraham et le don de la Tora. L’épître aux Hébreux, dans le passage déjà cité, a souligné le lien entre la puissance de Dieu, qui est capable de ressusciter les morts, et le fait qu’Abraham ait retrouvé son fils vivant sur le mont Moria alors qu’il devait y être sacrifié.

L’Écriture annonce la résurrection des morts

La formule de Paul implique aussi que seules les méthodes rabbiniques d’interprétation peuvent faire venir au jour toutes les significations cachées de l’Écriture. On sait qu’au début de notre ère, les deux grands partis religieux que constituaient les pharisiens et les sadducéens s’opposaient, entre autres choses, sur deux points importants qui étaient étroitement liés l’un à l’autre. Les pharisiens croyaient à la résurrection des morts, et affirmaient que cette croyance était fondée sur l’Écriture, si du moins on savait l’interpréter. Les sadducéens, si l’on en croit les témoignages concordants de l’époque, niaient la résurrection, en affirmant qu’elle n’était enseignée nulle part, et accusaient les pharisiens de solliciter les Écritures en leur faisant dire ce qu’elles ne disaient pas.

Cette polémique est attestée longuement dans le Talmud, mais on en trouve un écho et une confirmation très importante dans l’Évangile (Mt 22,23-33 ; Mc 12,18-27 ; Lc 20,27-40). Des sadducéens — qui ne croient pas à la résurrection des morts, précisent les évangélistes — veulent mettre Jésus en difficulté en tournant en ridicule cette croyance à la résurrection, à travers l’histoire invraisemblable d’une femme qui serait restée veuve et sans enfant après avoir épousé successivement sept frères morts les uns après les autres. Dans sa réponse, Jésus n’affirme pas seulement que Dieu puisse ressusciter les morts. Il reproche aux sadducéens de ne pas savoir lire l’Écriture : « Vous méconnaissez les Écritures et la puissance de Dieu. » (Mt 22,20 ; Mc 12,24). Il se range ainsi, sur ce point précis, du côté des pharisiens. Luc ajoute d’ailleurs que des scribes présents à la scène, probablement d’obédience pharisienne, félicitent Jésus pour sa réponse : « Maître, tu as bien parlé. » (Lc 20,39).

En affirmant : « Il est ressuscité des morts le troisième jour, conformément aux Écritures », Paul, qui se définit lui-même comme « pharisien et fils de pharisiens » (Ac 23,6) déclare du même coup que la résurrection de Jésus, événement unique et sans précédent, s’inscrit pourtant dans la continuité de la Tradition d’Israël, et que c’est cette Tradition qui permet de la comprendre et de l’interpréter.

 

Le P. Michel Remaud vit à Jérusalem, où il dirige un centre chrétien d’études juives, l'institut Albert Decourtray. Il travaille plus particulièrement sur l’interprétation de l’Écriture dans le judaïsme ancien.

 

[1] Des traductions comme « Voici ce que vous allez faire pour avoir la vie sauve », si elles sont fidèles au sens général du récit, ne permettent pas de comprendre pourquoi la Tradition a retenu dans la liste ce verset dont toute la force vient de la concision.

[2] Ici encore, on peut regretter que certaines traductions aient rendu ce « troisième jour » par « le surlendemain », ce qui ne permet pas de comprendre ce que le commentaire veut mettre en évidence.

 

Traduction biblique : Bible d'Osty et auteur

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