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Le P. Nicolas Bossu nouveau docteur en théologie

Mis à jour le 25 février 2015 à 20:29Publié le 01 janvier 2015 à 14:59

« Ces ossements vivront-ils ? » (Ézékiel 37)

Le père Nicolas Bossu a soutenu sa thèse de doctorat en théologie biblique le 15 décembre 2014, près l’Université pontificale de St Thomas (« Angelicum », université romaine de l’Ordre Dominicain).

Le travail du père Nicolas a porté sur la lecture en perspective eschatologique d’un passage du livre d’Ézékiel où le prophète voit au milieu d’une vallée des ossements desséchés reprendre vie. Il s’agissait d’identifier dans ce passage de l’Ancien Testament, à partir d’une analyse exégétique et à la suite d’autres passages de l’Écriture et d’Origène (théologien du IIIe siècle considéré comme un fondateur de la science biblique), une prophétie de la résurrection des hommes que le Christ allait apporter, de la Parousie, destinée ultime de l’Église.

Le père Nicolas est religieux de la congrégation des légionnaires du Christ où il est entré en 1999 après des études d’ingénieur à l’École Polytechnique. Ordonné prêtre en 2009, il a reçu pour mission de se spécialiser en théologie biblique pour en être professeur à l’Athénée Regina Apostolorum de Rome, université pontificale tenue par la congrégation. Il a terminé la licence canonique (master) à l’Université Grégorienne en 2011, puis a travaillé sur son doctorat à l’École Biblique de Jérusalem et dans différentes bibliothèques romaines. Il est le deuxième prêtre légionnaire du Christ français à devenir docteur en théologie, après le P. Pierre Gouraud.

La théologie, harmonie entre la raison et la foi, est une étude rigoureuse qui s’appuie sur une méthode qui lui est propre. Elle part du principe de foi que Dieu a montré aux hommes son visage dans la Révélation contenue dans les Écritures, interprétées authentiquement et transmises fidèlement dans l’Église avec, au sommet, le Christ, Parole suprême. Les théologiens étudient ainsi avec sincérité et sérieux ce que le Seigneur a dit dans l’Écriture et comment l’Église l’a entendu.

La Révélation est accomplie dans le Christ dont le mystère est proclamé définitivement par les apôtres et les évangélistes. En même temps, l’Église continue à pénétrer ce mystère, sous le guide de l’Esprit Saint qui « enseignera tout » (Jean 14,26). C’est ainsi que la compréhension des dogmes peut continuer à se développer, fidèle à l’unique et définitive Révélation du Christ.
Le P. Nicolas a cherché à démontrer que, si le passage où le prophète Ézékiel contemple des ossements desséchés se recouvrir de chair, puis revivre, se rapporte en premier lieu, et selon l’intention explicite de l’hagiographe 1, au retour de l’exil du peuple d’Israël, il vise aussi dans la Révélation la résurrection des hommes par le Christ, sous l’action de l’Esprit Saint, résurrection finale qui est la destinée ultime de l’Église.

La thèse de doctorat a pour titre « Fils d’homme, ces os vivront-ils ? » (Ézékiel 37,3) – La prophétie des ossements desséchés et ses relectures eschatologiques chrétiennes (Matthieu 27, Apocalypse 11, Origène), dans la perspective de l’herméneutique philosophique et de la théologie catholique contemporaines.

Sa valeur réside d’une part dans l’étendue pluridisciplinaire du travail. D’après le « censeur » de la thèse, le P. Gonçalves, O.P., un des trois membres de jury qui joue pourtant le rôle de l’avocat du diable et décèle les lacunes du travail : « il n’est pas courant de trouver quelqu’un qui maîtrise aussi bien l’exégèse de l’Ancien Testament, que le Nouveau Testament, Qumran, les écrits des Pères de l’Église, l’herméneutique philosophique, la théologie. Vous avez fait correctement, de façon sûre, claire, solide, l’ensemble du travail dans les différentes disciplines ». La théologie biblique est une discipline difficile puisque, si la théologie réfléchit avec l’Église, la théologie biblique doit s’attacher principalement aux textes : mais la Tradition de l’Église fait le pont entre les deux. Dans son étude pluridisciplinaire, puisque la méthode doit s’adapter à l’objet, le P. Nicolas a cherché à employer la méthode correspondante à chaque point de vue.

D’autre part, alors que le passage d’Ézékiel 37 avait été depuis longtemps absent du Magistère et des textes liturgiques qui évoquent la résurrection finale, l’étude du P. Nicolas suscite une redécouverte de la portée eschatologique de la prophétie des ossements qui revivent.

Finalement, l’utilisation de la méthode herméneutique invite à faire l’expérience de l’écoute des métaphores bibliques qui invitent à une conversion intérieure profonde.
La thèse de doctorat commence (première partie) par étudier attentivement le chapitre 37 du Livre d’Ézékiel dans la version en hébreu (le « texte masorétique ») et dans la version grecque des Septante pour en tirer le message central et la manière dont le passage a été reçu dans les différentes communautés juives. Un des manuscrits retrouvés à Qumran 2, le « Pseudo-Ézékiel », montre que la communauté essénienne, dès le IIe siècle avant Jésus-Christ, voyait en Ézékiel 37 une prophétie de la rétribution finale des justes.

Successivement (deuxième partie), l’évangile selon saint Matthieu (27,52) reprend clairement, juste après le moment où Jésus rend l’esprit, le relèvement des corps décrit par Ézékiel. Il confirme ainsi la foi en la résurrection finale et y ajoute l’élément déterminant qui la rend possible : la résurrection du Christ (« Les tombeaux s’ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent »).

L’auteur de l’Apocalypse (chapitre 11), qui a sous les yeux les disciples de Jésus qui sont morts pour leur foi en lui, ajoute que les destinataires de la résurrection seront non seulement chacun des fidèles du Christ, mais l’Église, Corps du Christ, nouvelle Jérusalem. Tout en étant dans l’attente de la Parousie, ils vivent déjà cette résurrection aujourd’hui et provoquent, par leur configuration au Christ, la conversion des nations.

C’est cette même construction de sens opérée par la Révélation dans l’Église qui est reprise par Origène et, avec lui, par plusieurs Pères de l’Église, prédicateurs des premiers siècles qui ont reçu l’Écriture Sainte et l’ont transmise dans les cultures où ils étaient envoyés en mission. Origène exhorte les chrétiens dans la foi eschatologique : à la résurrection finale, nous formerons tous un seul Corps uni dans la charité. Il opère une sorte d’illustration de la théologie paulinienne sur l’eschatologie.

« Une première conclusion originale de notre thèse consiste à relever une ‘construction de sens’ entre ces trois relectures d’Ézékiel 37 : chacune se présente comme une étape de réflexion sur l’eschatologie qui assume la précédente, la dépasse et prépare la suivante. Ainsi, l’interprétation de Matthieu présuppose le phénomène ‘d’eschatologisation’ de la prophétie, témoignée par le Pseudo-Ézékiel, et ajoute son accomplissement dans le Christ ; l’Apocalypse présuppose, à son tour, cet aspect christologique et l’étend à la vie de l’Église ; finalement, Origène présuppose toutes ces élaborations théologiques pour appliquer Ézékiel 37 à la consommation finale » (résumé écrit du doctorat, p. 4).

Un « objet historique » particulier a été ainsi été formé : la foi ecclésiale en la résurrection finale qui se développe au fil de la Révélation chrétienne. C’est cet « objet historique » que la thèse étudie dans une troisième partie, d’un point de vue philosophique (l’herméneutique de Paul Ricœur) et d’un point de vue théologique (Joseph Ratzinger).

L’herméneutique de Paul Ricœur fournit trois concepts clés pour l’interprétation d’une comparaison poétique, d’une métaphore : la métaphore comporte une forme narrative qui frappe par son extravagance (chez Ézékiel, des ossements qui reprennent chair et revivent), conduisant le lecteur à un processus métaphorique pour reconfigurer son propre monde intérieur. Ceci s’accomplit en fonction d’un qualificateur (le retour de l’exil pour Ezékiel, le Règne de Dieu pour Jésus). Ainsi, quand le chrétien cherche sincèrement et dans une démarche spirituelle le sens d’une parabole (qui est une forme de métaphore), il entre librement dans un processus de conversion intérieure. Les trois textes étudiés témoignent d’un travail herméneutique suscité par la nature même de l’oracle, effectué par une communauté croyante qui prend le risque d’être reconfigurée par ses écritures fondatrices (cf. résumé écrit, p. 5).

L’approche herméneutique a pourtant des limites car, s’attachant principalement au sens donné par le sujet (une personne ou une communauté) qui interprète, elle ignore ou, tout du moins, amoindrit la réalité de l’événement historique : dans notre cas, l’événement de la résurrection du Christ.

L’insuffisance est complétée par la perspective théologique. La thèse tire des écrits de Joseph Ratzinger une description de l’articulation entre l’Écriture ancienne (ici, Ézékiel 37), le mystère pascal (mort et résurrection de Jésus), la proclamation apostolique de la foi et sa réception de la première communauté chrétienne, l’Écriture nouvelle (dont Matthieu 27 et Apocalypse 11) et la théologie ecclésiale (Origène) (cf. résumé écrit, p. 5-6). Dans ce processus, c’est l’Esprit Saint qui agit surnaturellement dans l’Église, sujet de la foi.

Le P. Nicolas conclut ainsi :
« Nous avons voulu montrer la valeur de l’interprétation eschatologique de la prophétie des ossements desséchés. Elle est pleinement conforme à la nature littéraire de l’oracle et elle a été effectuée dans un courant du judaïsme avant le Christ. Deux auteurs chrétiens inspirés l’ont ‘consacrée’. Origène est représentatif des Pères : aucun d’eux ne se rapporte à Ézékiel 37 dans son sens historique. Elle constitue donc à plein titre un élément de la Tradition, perdu dans le cours des siècles, qui pourrait alimenter à nouveau l’espérance eschatologique du Peuple de Dieu. Le Pape Benoît XVI semble avoir exprimé cette possibilité dans une homélie :
‘A la lumière du mystère pascal du Christ, la vision des ossements desséchés prend la valeur d’une parabole universelle sur le genre humain, pérégrinant dans l’exil terrestre et soumis au joug de la mort. La Parole divine, incarnée en Jésus, vient habiter dans le monde qui, à plusieurs points de vue, est une vallée désolée ; elle est pleinement solidaire avec les hommes et elle leur porte l’annonce joyeuse de la vie éternelle. Cette annonce d’espérance est proclamée du plus profond de l’outre-tombe, alors qu’est ouverte définitivement la route qui conduit à la Terre promise’ (Homélie de Benoît XVI lors d’une messe pour les cardinaux défunts le 4 novembre 2006) »
(Conclusion du résumé écrit, p. 6).

Le père Nicolas n’a pas quitté les bancs de l’école depuis 36 ans… (à part son service militaire et son stage apostolique comme religieux de la congrégation). Merci, père Nicolas, pour votre travail caché pendant ces dernières années et pour les nombreuses heures de cours passées et à venir aux séminaristes de Rome !

P. Thomas Brenti, LC

1. Les hagiographes sont les personnes humaines qui ont consigné dans l’Écriture Sainte la Révélation qu’ils avaient reçue du Seigneur. En théologie, on dit que les Écritures ont pour auteur premier le Seigneur et pour auteur secondaire les hagiographes.
2. En 1947, un berger parti à la recherche de ses chèvres perdues dans une grotte y retrouve des manuscrits enroulés dans plusieurs jarres de terre cuite. Ils y avaient été enfouis au 1er siècle après Jésus-Christ par des membres de la communauté essénienne, dispersée à l’écrasement des rébellions juives par le gouverneur romain. Ils contenaient de très anciens textes : des écrits correspondant à des textes de l’Ancien Testament connus par ailleurs et d’autres textes spirituels issus de cette communauté juive.

Mots-clés: Actualité

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