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Lazare - la mort vaincue

Mis à jour le 29 mars 2017 à 12:41Publié le 29 mars 2017 à 00:05

Pour le dernier dimanche de Carême avant la Semaine Sainte, la liturgie déploie une grande confrontation entre le Christ et la mort, par l’épisode de Lazare, mort et revenu à la vie. Extrait de la Lectio Divina du dimanche 5 de Carême. Par le P. Nicolas Bossu, LC.

Retrouvez l'intégralité de cette Lectio Divina du dimanche 5 de Carême sur le nouveau site internet de la Lectio Divina.

La première lecture donne le ton :

« Ainsi parle le Seigneur Yahvé : Voici que j'ouvre vos tombeaux ; je vais vous faire remonter de vos tombeaux, mon peuple, et je vous ramènerai sur le sol d'Israël. » (Ez 37, 12).

Cet oracle continue de nous interpeller aujourd’hui : nous vivons tant de situations de mort – physique, spirituelle, ou morale… l’intervention de Dieu est nécessaire, sa main secourable doit venir nous arracher à la détresse. La maladie de Lazare figure bien notre histoire : le chemin de chacun d’entre nous sur cette terre qui aboutit inexorablement à la mort ; le chemin de l’humanité qui semble s’engouffrer dans le péché et la destruction ; le chemin de tant de malheureux qui se sentent abandonnés par le Seigneur… Il nous a promis d’ « ouvrir nos tombeaux » et de nous « conduire à la terre » : quand, et sur quelle terre ? Dans l’Évangile de Jean, une phrase de Jésus fait écho à l’oracle d’Ezéchiel :

« Elle vient, l'heure où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix et sortiront : ceux qui auront fait le bien, pour une résurrection de vie, ceux qui auront fait le mal, pour une résurrection de jugement » (Jn 5, 28-29).

Jésus parle bien de son retour à la fin des temps ; nous l’attendons avec patience et nous savons qu’il prononcera un jour ce grand cri : « Lazare, viens dehors ! », qui deviendra : « Venez, les bénis de mon Père ! » (Mt 25, 34). La terre promise prend un nouveau visage et devient le ciel, c’est-à-dire la demeure même de Dieu. Dans l’attente de ce jour, l’histoire de chaque homme est tragique et, comme pour Lazare, la maladie conduit à la mort.

Pourquoi Jésus parle-t-il de la mort de manière ambiguë ? Pourquoi ce retard pour aller trouver son ami ? Le même reproche que lui font les deux sœurs peut être mis sur les lèvres de l’Église aujourd’hui : Seigneur, si tu étais plus présent en ce monde, nos frères ne mourraient pas… Pourquoi tarder ? « Viens, Seigneur Jésus ! » (Cf. Ap 22, 20). Et Jésus nous répond aujourd’hui comme à Marthe :

« Je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11, 25-26).

Jésus est présent dans l’histoire aujourd’hui, Il ne promet pas seulement de retourner à la fin des temps : son Incarnation est bien l’irruption de Dieu sur notre terre, Dieu qui vient cheminer avec nous. Et cette Incarnation se poursuit aujourd’hui avec l’Église, qui nous donne par anticipation de participer à la vie éternelle de Dieu. Ainsi pour qui « vit et croit » en lui (v 26), l’existence n’est pas un chemin qui descend et s’arrête mais un passage sans rupture qui mène à lui. Jésus qui marche avec nous… Lors de sa toute première audience, le pape François a voulu rendre compte de cette présence :

« Dans sa mission terrestre, Jésus a parcouru les routes de la Terre Sainte. Il a parlé à tous, sans distinction, aux grands et aux humbles, au jeune homme riche et à la veuve pauvre ; aux puissants et aux faibles ; il a apporté la miséricorde et le pardon de Dieu ; il a guéri, réconforté, compris ; il a donné l’espérance ; il a porté à tous la présence de Dieu qui s’intéresse à tout homme et toute femme, comme le fait un bon père et une bonne mère à l’égard de chacun de ses enfants. Jésus a vécu les réalités quotidiennes des personnes les plus communes : il s’est ému devant la foule qui semblait un troupeau sans pasteur ; il a pleuré devant les souffrances de Marthe et Marie pour la mort de leur frère Lazare ; il a appelé un publicain à être son disciple ; il a également subi la trahison d’un ami. En lui, Dieu nous donné la certitude qu’il est avec nous, parmi nous ».[1]

La scène de l’Évangile nous dévoile le cœur même de Jésus, par cette simple mention : « Jésus pleura » (Jn 11, 35). Ces deux mots en font le verset le plus court de toute l’Écriture… mais peut-être le plus révélateur ! Dieu n’est pas seulement présent à sa création et à l’humanité, Il s’est incarné pour nous révéler, en Jésus, qu’il est penché tendrement sur elle, affecté par son sort, bouleversé jusqu’à verser des larmes. Le cardinal Newman y a très justement vu une manifestation de la miséricorde :

« La qualité la plus attachante de la miséricorde de notre Sauveur est sa dépendance vis-à-vis des temps et des lieux, des personnes et des circonstances : en d’autres termes, c’est le caractère sélectif de sa tendresse. Elle considère chaque individu et délibère à son propos, lorsqu’il comparaît devant elle. Nous en voyons plus d’une illustration dans le tendre comportement de notre Seigneur envers Lazare et ses sœurs, ou dans ses pleurs sur Jérusalem, ou encore dans sa conduite envers saint Pierre avant et après le reniement, ou envers saint Thomas lorsqu’il doutait, ou dans l’amour qu’il avait pour sa mère ou pour saint Jean ».

Insistons dans notre prière pour sentir cette tendresse divine qui vient toucher nos cœurs, panser ses plaies, guérir nos blessures. C’est le même aspect de tendresse personnelle que la liturgie a retenu dans la préface de ce dimanche :

« Il [Jésus] est cet homme plein d’humanité qui a pleuré sur son ami Lazare ; il est Dieu, le Dieu éternel qui fit sortir le mort de son tombeau : ainsi, dans sa tendresse pour tous les hommes, il nous conduit, par les mystères de sa Pâque, jusqu’à la vie nouvelle ».[2]

Tout cet épisode nous montre ainsi le double attachement du Cœur du Christ : à son Père, Dieu de la vie, dont il manifeste la gloire ; aux hommes, ses amis, qu’il vient sauver. C’est pourquoi insister sur la foi est si important pour Jésus dans ce passage, puisqu’elle relie l’homme à Dieu comme l’expliquait le pape François dans sa première encyclique :

« À Marthe qui pleure la mort de son frère Lazare, Jésus dit : Ne t’ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? Celui qui croit, voit ; il voit avec une lumière qui illumine tout le parcours de la route, parce qu’elle nous vient du Christ ressuscité, étoile du matin qui ne se couche pas ».[3]

Comment répondons-nous à cet immense amour de Dieu pour nous ? Notre prière comporte-t-elle une dimension d’action de grâce, un élan de tendresse vers celui qui s’est donné pour nous et a pleuré sur notre misère ? Sommes-nous portés à une profession de foi sans arrière-pensée, remettant tout ce que nous sommes entre les mains de Dieu ?

Une prière de sainte Faustine pourra finalement nous inspirer une belle réponse à ce Cœur du Christ qui n’hésite pas à pleurer pour nous montrer la sincérité de son amitié :

« Je te salue, Amour éternel, mon doux Jésus qui a daigné habiter en mon cœur ! Je te salue, ô glorieuse Divinité qui as daigné t’abaisser pour moi, et par amour pour moi t’anéantir jusqu’à prendre l’apparence du pain ! Je te salue Jésus, fleur incorruptible de l’humanité, toi, tu es unique pour mon âme ! Ton Amour est plus pur que le lys et ta présence m’est plus agréable que l’odeur de la jacinthe. Ton amitié plus tendre et plus délicate que le parfum de la rose et cependant plus forte que la mort ».[4]

 

Retrouvez les Lectio Divina de tous les dimanches de l'année sur le nouveau site internet de la Lectio Divina et la page facebook du P. Nicolas Bossu, LC

Image : Icône de la Résurrection de Lazare (extrait) réalisée par l’atelier du Centre Sainte-Croix en Dordogne.

[1] Pape François, Audience générale, 27 mars 2013 (la première de son pontificat), disponible ici : https://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2013/documents/papa-francesco_20130327_udienza-generale.html

[2] Préface de la messe du 5e dimanche de Carême.

[3] Pape François, encyclique Lumen Fidei, no1, disponible ici : https://w2.vatican.va/content/francesco/fr/encyclicals/documents/papa-francesco_20130629_enciclica-lumen-fidei.html

[4] Sainte Faustine (Héléna Kolwaska), Petit Journal, disponible ici, nº 1574.