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Jubilé de la Miséricorde : lettre pour le Carême du P. Eduardo

Mis à jour le 11 mars 2016 à 08:04Publié le 08 février 2016 à 15:31

Aux membres et amis de Regnum Christi à l’occasion du Carême de l’Année jubilaire de la Miséricorde

8 février 2016

Très chers amis,

En convoquant le Jubilé de la Miséricorde, le Saint-Père nous invitait à vivre le Carême comme un moment fort pour célébrer et expérimenter la Miséricorde de Dieu (cf. Misericordiae vultus, 17)  et il nous recommandait de nous laisser interpeller par la Parole de Dieu afin qu’elle nous transforme en apôtres qui feront découvrir à leurs frères, par leurs œuvres et paroles, l’amour que  Jésus leur porte.

Comme le veut la tradition de Regnum Christi, je m’adresse à vous pour vous offrir quelques réflexions qui pourront vous amener à vivre plus pleinement cette période de Carême consacrée à la conversion et aussi pour vous assurer de mes prières pour vous, vos familles et communautés.

Le Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation a publié quelques repères pour cette Année jubilaire, recueillis dans le livre Miséricordieux comme le Père, édité en plusieurs langues. J’y ai trouvé des éclairages qui me guideront dans cette lettre, surtout dans le chapitre sur les paraboles de la miséricorde. Concrètement je voudrais approfondir la parabole du riche et du pauvre Lazare (Lc 16, 19-31), qui sera lue lors de la messe du jeudi de la deuxième semaine de Carême.

 

Temps pour la miséricorde

Jésus-Christ souligne dans cette parabole le contraste entre le riche qui se pare comme un roi et se nourrit abondamment et Lazare, qui n’est pratiquement vêtu que de ses plaies et ne reçoit que les miettes tombant de la table du riche. Le premier est un homme pourvu de capacités, doté de talents pour faire croître son patrimoine, pour établir des relations avec des personnes qui peuvent l’aider. Le second est un pauvre homme qui paraît être invisible aux yeux du riche et de ceux qui passent près de lui.

Le rythme souvent effréné de notre existence peut parfois avoir un effet semblable sur nos vies. Nous sommes peut-être préoccupés par maintes choses. Nous rencontrons des défis constants pour maintenir un équilibre entre notre vie familiale, professionnelle, scolaire et sociale. Les mille et une choses à accomplir pour élever une famille et, souvent, pour boucler le mois, peuvent absorber toute notre attention et faire en sorte que notre prochain et leurs besoins deviennent petit à petit invisibles. Nous courons le risque de ne plus voir jusqu’à ceux qui nous sont proches et que nous aimons, comme un mari, une femme, des enfants, un ami, un collègue de travail, un employé. Et que dire d’un inconnu que l’on croise chaque jour à la station de métro ou sur le chemin du travail ou de l’école. Nous pourrions être le prochain de toutes ces personnes, mais nous n’avons pas de temps pour eux. Nous sommes peut-être si investis dans nos affaires que nous ne leur accordons pas la moindre attention.

Cette parabole suggère que Dieu voit les choses de façon très différente. La Sainte Écriture ne nous révèle pas le nom du riche, qui demandait les attentions et le temps de beaucoup. En revanche, l’Évangile appelle par son nom jusqu’à quatre fois le pauvre anonyme. N’y aurait-il pas dans ce silence une invitation pour nous tous à ouvrir les yeux afin d’observer le monde comme le voit Dieu ? Le Seigneur ne voudrait-il pas que nous profitions de ce Carême pour nous examiner sur l’attention que nous portons à nos frères afin que nous puissions nous convertir et croire réellement que tout ce que nous accomplissons pour eux c’est pour lui que nous le réalisons ?

Je crois que pendant ce Carême le Seigneur nous invite à laisser de côté ce qui nous enferme en nous-mêmes afin de pouvoir prendre du temps pour la miséricorde. Le riche de l’Évangile a voulu être miséricordieux alors qu’il n’en prenait pas le temps. Nous avons aujourd’hui l’occasion d’aimer mieux qu’avant.

 

Les œuvres de miséricorde

Dans sa Bulle pour le Jubilé le pape nous invite à réfléchir sur les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles. D’ailleurs, dans l’indulgence plénière qu’il nous a concédée pour notre propre année jubilaire, le pape a voulu associer cette grâce à la pratique d’œuvres de miséricorde. S’il l’a réalisé ainsi, c’est pour réveiller notre conscience d’apôtres, qui peut parfois s’endormir devant le spectacle de ceux qui souffrent, des pauvres, des malades (cf. Misericordiae vultus, 15).

Lequel d’entre nous n’a jamais ressenti une joie profonde en servant ses frères : s’occuper d’un malade proche, conseiller une personne affligée, consoler quelqu’un de triste, rendre visite à un prisonnier, nourrir celui qui a faim ou vêtir celui qui a froid, partager le message de l’Évangile ? Par ces actions, qui nous demandent de nous oublier nous-mêmes, le Seigneur rend présent son Règne dans le monde. Il nous permet de reconnaître dans les indigents un frère qui mérite notre tendresse et notre compassion, parfois même notre capacité à pardonner.

Il se peut que le riche de la parabole ait utilisé son argent pour de bonnes choses. Pourtant il était si occupé par ses affaires qu’il ne s’investissait pas directement à faire le bien à des personnes concrètes. Aussi était-il empêtré dans mille choses qui lui occupaient le cœur jusqu’à ne pas pouvoir répondre à la question que le Seigneur avait posée à Caïn au début de l’Histoire : « Où est ton frère ? » (Gn 4, 9).

Un père légionnaire me racontait récemment qu’au début de son ministère il allait parfois avec des jeunes de Regnum Christi et des pré-candidats de nos centres de vocations dans un hôpital pour malades incurables afin de leur apporter les sacrements et un peu de tendresse et de compagnie. Il me disait avec une certaine émotion qu’il prenait conscience qu’il n’aidait pas « des malades » mais Don José, Francisco ou madame Maria, etc. Ils cessaient d’être « abstraits » pour devenir des personnes, aux histoires concrètes ; tous avaient besoin d’amour. Dans un cœur miséricordieux, l’inconnu nécessiteux devient une personne concrète que l’on peut aimer et à qui l’on peut manifester l’amour que Dieu lui porte.

Il me semble que Jésus-Christ attend que, pendant ce Carême nous, membres de Regnum Christi, puissions ouvrir les yeux pour profiter généreusement des occasions concrètes que nous aurons pour l’aimer à travers nos frères. En l’accomplissant principalement pour ceux qui nous entourent, la famille, l’école ou le lieu de travail mais aussi vis-à-vis de ceux plus éloignés de notre vie quotidienne. Il faut être attentifs et à l’écoute de l’Esprit Saint, pour qu’il nous suggère l’action à réaliser et la parole à prononcer, et qu’il nous donne la force de la mettre en pratique, surtout si cela sort de nos préoccupations et de notre confort.

Cela demande peut-être quelques renoncements, comme de réduire le temps que je réserve au divertissement, à parler au téléphone, à fréquenter les réseaux sociaux. Nous avons besoin de temps pour être disponibles aux personnes concrètes que Dieu a placées auprès de nous. Peut-être que cela nous aidera à oser « perdre » ce temps avec quelqu’un qui se sent seul ou qui pense que personne ne se soucie de lui.

 

Pardonner et demander pardon

Un autre domaine important de cette Année de la Miséricorde, dont j’ai fait mention en ouvrant notre Année jubilaire, est la capacité à pardonner et à demander pardon. Le riche de la parabole semble ne retrouver la vue qu’après sa mort et il reconnaît Lazare auprès d’Abraham alors qu’il n’avait jamais voulu le regarder quand il était à la porte de sa maison. C’est alors que le riche demande miséricorde, mais il ne peut l’obtenir.

Par cette parabole Jésus nous encourage à profiter de notre vie comme l’occasion de demander miséricorde à Dieu et aussi pour l’exercer auprès de notre prochain. Il nous encourage à ne pas attendre le lendemain pour pardonner et demander pardon. Il ne veut pas que nous nous habituions aux plaies de nos frères qui souffrent dans leur corps ou leur esprit de façon à ce qu’ils cessent de nous interpeller. Il nous veut actifs par l’amour qui s’exprime par le pardon. Il nous apprend à dire au Père : « Pardonne nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ».

Il se peut que le Seigneur veuille profiter de ce Carême pour nous rappeler qu’il y a quelqu’un avec qui nous devons nous réconcilier, qu’il y a une blessure non encore guérie. Peut-être cette Année de la Miséricorde sera-t-elle le moment propice pour faire le premier pas vers le pardon. Quelle joie pour le Christ si nous accomplissons un tel geste ! Quelle quiétude nous aurons de trouver miséricorde auprès du Seigneur si nous la pratiquons activement !

Nous voici dans l’Année de la Miséricorde et Jésus-Christ veut que nous la ressentions dans notre petitesse, afin de la faire rayonner ensuite autour de nous. Pourvu que dans ce monde qui vit parfois sans place pour la miséricorde, nous puissions apporter notre grain de sable et crier à nos frères que la miséricorde de Dieu ne s’arrête jamais, qu’il ne se lasse pas de pardonner, qu’il n’oublie aucun de ses enfants.

Je prie la Très Sainte Vierge, Mère de miséricorde, qu’elle nous accompagne tous sur le chemin du Carême. Comptez sur mes prières.

P. Eduardo Robles Gil, LC

P.S. Je vous demande de ne pas cesser de prier pour le Saint-Père et aussi pour ceux qui participeront aux missions d’évangélisation de la Semaine Sainte. Un missionnaire est, pour bien des personnes, l’un des signes les plus clairs de la miséricorde de Dieu.

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