Vous êtes ici

Accueil

« Je viens sortir la Légion du tunnel »

Mis à jour le 25 avril 2012 à 14:23Publié le 01 avril 2012 à 00:00

Une interview au Cardinal de Paolis en Espagne Madrid, 29 mars 2012. La revue « Vida Nueva » (« Vie Nouvelle ») a publié le 23 mars dernier une interview au Cardinal Velasio de Paolis, Délégué Pontifical de la Congrégation des Légionnaires du Christ et du Mouvement Regnum Christi.

Nous proposons une traduction de l’intégralité du texte, avec l’autorisation du directeur de "Vida Nueva" (Juan Antonio Rubio)

Le Cardinal italien Velasio de Paolis porte sur les épaules un des défis les plus importants du Pontificat de Benoît XVI : remettre à flotte la puissante et influente congrégation des Légionnaires du Christ, qui a grandi à l’ombre du Pontificat de Jean-Paul II et secouée par les scandales de son fondateur, Marcial Maciel.
La mission confiée à de Paolis est complexe, nommé en mai 2010 Délégué Pontifical, ce qui a fait de lui le représentant du Pape, avec autorité sur tous les supérieurs des légionnaires. Il doit réformer les règles de la Légion, laver les taches que les erreurs de Maciel ont imprimées dans la structure de la Congrégation, et de donner plus d’autonomie au Regnum Christi, le Mouvement des laïcs et des consacrés de l’institut.
Son labeur, balisé par de nombreux problèmes
(« chaque jour surgissent des choses nouvelles ; ces légionnaires ne te laissent pas tranquille »), se prolongera jusque fin 2013, début 2014, quand aura lieu le Chapitre Général, par lequel la Légion doit sortir du purgatoire dans lequel les crimes et les péchés de Maciel l’ont laissée.

Vida nueva : On vous a critiqué à l’intérieur et à l’extérieur de la Légion de ce que votre mission n’avance que trop lentement...

Cardinal de Paolis : Nous avons pourtant fait beaucoup dans cette période de temps. Mes quatre collaborateurs et moi-même travaillons rapidement. J’ai écrit quatre lettres aux Légionnaires et aux consacrées dans lesquelles je détaille le chemin parcouru et celui qui nous reste à entreprendre. Jusqu’à présent, le problème tournait autour du gouvernement. C’est principalement ce point qui a suscité des critiques, bien qu’en réalité, ce ne soit pas le problème majeur. Comment pouvait diriger l’institut une personne comme moi qui ne connaissait pas les légionnaires ? L’idée qui se présenta, et qui fut ensuite ratifiée par le Saint Siège, fut que le gouvernement en vigueur se maintienne « ad nutum Sanctae Sedis », c'est-à-dire que le Saint Siège et, en particulier, le Délégué, intervient au sein du gouvernement en place.
On dit que rien n’a changé mais, au sein du gouvernement, le Délégué et ses collaborateurs sont entrés en jeu. Cela donne l’occasion de connaître les personnes et d’affronter les situations concrètes et les changements qu’il est opportun d’effectuer. Les décisions sont prises avec nous qui avons la faculté de décisions sur toutes les problématiques.

Avez-vous dû imposer une décision à un certain moment ?

Non. Nous sommes tous des personnes raisonnables et conscientes des problèmes. A la fin, la solution impose presque d’elle-même. Nous avons cru bon de nommer deux nouveaux conseillers pour le gouvernement. Ensuite, nous avons évolué en en ajoutant deux autres. Comment peut-on dire que rien n’a changé ?

***

Responsabilités

Au milieu de février dernier, le cardinal Velasio De Paolis a fait de nouvelles manœuvres dans le gouvernement de la Légion : il a remplacé le vicaire général et l’un des conseillers généraux. Le « numéro deux » de la congrégation est maintenant l’allemand Sylvester Heereman, qui remplace Luis Garza, un homme du cercle de Marcial Maciel qui se chargeait de la question économique. L’autre nomination a échu au brésilien Deomar de Guedes.

Pourquoi avez-vous choisi Sylvester Heereman et Deomar de Guedes ?

Ils figuraient parmi les plus votés par les légionnaires eux-mêmes. Le premier critère pour les choisir était qu’ils aient la confiance des autres. Le deuxième, qu’ils soient représentatifs d’une réalité internationale, pas seulement du monde hispanique. Le troisième, qu’ils soient jeunes et n’aient pas été liés à Maciel. Le quatrième critère étaient qu’ils n’aient pas été déjà supérieurs. Le cinquième, qu’ils aient de bonnes capacités pour le service de l’autorité.

Garza a-t-il été renvoyé ou a-t-il demandé lui-même sa démission ? Et Alvaro Corcuera, le directeur général de la Légion, l’a-t-il aussi demandée ?

Il s’agit de questions strictement personnelles, auxquelles il n’est pas opportun de répondre. Il me semble que les problèmes liés à ces questions sont autres : éliminer une personne signifie porter un jugement sur elle et confirmer toutes les rumeurs. Pour moi, c’est un problème moral. Comment peut-on attester la destruction d’une personne sans la connaître ? De fait, sur Luis Garza, il n’y a rien. Il y aura sa personnalité, qui peut plaire ou non, mais il n’a commis aucun crime. Pour moi il aurait été très facile d’obtenir l’applaudissement général en éliminant ces personnes mais, à quel prix ?
Garza l’a quitté maintenant car la province des États-Unis passe un moment économique difficile et qu’il a des capacités dans ce domaine. Il a manifesté sa disponibilité pour cette responsabilité et, après avoir envoyé un visiteur dans la province, nous avons vu qu’il comptait sur le soutien de la majorité des prêtres de la province pour être provincial. Avec les supérieurs et la Légion elle-même il se passe un phénomène étrange : tu dis tout le mal possible et l’on te croit. Si tu dis de bonnes choses, au contraire, personne ne te croit.

Vous croyez que les critiques viennent de ceux qui attendaient la dissolution de la Légion ?

Effectivement. On ne m’a pas donné cette charge pour dissoudre la Légion. Le Pape pouvait le faire mais, ce qu’il a fait, c’est montrer un chemin divisé en étapes. La première étape était de clarifier le problème de Maciel. La deuxième phase a été la visite de la part de cinq évêques qui ont informé le Pape et, ensuite, la Salle de Presse du Vatican a publié un communiqué en des termes assez durs sur la situation de la congrégation. La troisième phase commence avec ma nomination de la part du Pape, qui veut que la Légion reprenne son chemin, car il y a en son sein un grand nombre de personnes qui ont un grand zèle et veulent travailler pour le Règne.
Ma nomination arrive quand le Pape a déjà fait une grande analyse : il pense que la Légion ne doit pas être supprimée, qu’il faut faire un effort pour la purifier et la sauver. Que personne n’attende sa destruction ou sa décapitation. Ma mission est d’essayer de sortir la Légion du tunnel dans lequel elle se trouvait.

Vous parlez d’essai. Réussirez-vous ?

Je suis positif. Si je ne l’étais pas, je ne continuerais pas. Le travail peut produire de bons fruits. Il y a déjà des choses bonnes que l’on arrive à voir et j’espère en trouver plus. On escompte comme si c’était un fait que les supérieurs ont commis des crimes et qu’ils doivent donc se convertir ou que l’on doit leur couper la tête. La réalité, c’est que la majorité n’a aucune responsabilité par rapport au comportement de Maciel. Ils se sont maintenus fidèles à leur devoir. Ils sentaient qu’ils avaient donné leur vie pour la Légion et ils se voyaient culpabilisés. Nous ne pouvons pas confondre le fondateur avec la Légion, même si nécessairement, comme l’affirmait le Bulletin Officiel du Saint-Siège, certains comportements et une partie de la mentalité du fondateur sont entrés dans la structure de la Légion.

Peut-on sauver certains de ces supérieurs, en prenant en compte la pénétration de cette mentalité ?

Il ne reste presqu’aucun des supérieurs qui ont travaillé avec Maciel. Il faisait ce qu’il voulait, il gouvernait de manière personnelle. La majorité pensait que c’était un homme saint et intouchable. Si les supérieurs ne voyaient pas ce qu’il se passait, ce n’était pas par méchanceté.

Vous-même avez dit « qu’ils ne pouvaient pas ne pas savoir » ce qui se passait.

Ce principe « qu’ils ne pouvaient pas ne pas savoir » peut être une source d’erreurs et d’injustices. Même moi, je savais qu’il y avait des accusations. Tout était sur Internet. Mais est-ce qu’on pouvait croire ce qui se disait de Maciel ?

Les personnes qui se trouvaient proche de lui n’auraient pas appris ce qui s’est passé seulement par Internet : elles l’auraient vu de leurs yeux…

Quand elles ont cherché, elles l’ont découvert. Et quand elles l’ont fait, elles ont dénoncé. C’est ainsi qu’on a commencé le chemin qui a conduit à la destitution de Maciel. Mais au début, quand ces nouvelles ont commencé à apparaître, on considérait Maciel comme un saint et on disait que les accusations étaient fausses.

Est-ce que vous recommanderiez la Légion à un jeune qui a une vocation sacerdotale ?

Oui. De même que je dirais oui avec d’autres instituts. Je vois les Légionnaires du Christ comme un institut qui suit son chemin et qui continue à recevoir des vocations.

Est-ce que vous parlez souvent des Légionnaires avec le Pape ?

Je lui fais régulièrement un rapport. Le Pape veut que les Légionnaires suivent un chemin de renouvellement et parviennent à un chapitre d’où devront venir de nouvelles Constitutions. Peu à peu, de nouveaux problèmes sont apparus. Nous avons dû résoudre le problème des victimes. Ensuite, il y a la question de la dette et de la crise économique qui, au début, était la dernière chose à laquelle nous pensions. Et, finalement, le problème des consacrés et consacrées de Regnum Christi. Maintenant, nous nous rendons compte que nous aurions peut-être dû commencer par la fin. Au début, nous avons commencé par la Légion. Cela a créé le premier grand problème, peut-être parce que nous ne nous rendions pas compte que la Légion ne se limite pas à elle seule ; la réalité plus grande, c’est le Regnum Christi, un mouvement grandiose.

***

Liberté mal comprise

Dans la Légion, est-ce qu’il y avait une conception erronée d’un concept aussi évangélique que la liberté ?

C’est un problème complexe. J’ai l’impression que, d’un côté, il y avait en effet le danger d’un contrôle excessif de la liberté. Mais, d’un autre côté, je ne connais pas de religieux qui jouissent d’une liberté aussi ample que les Légionnaires. Il existe un contrôle dans les idées, un problème dans la relation entre la partie intérieure et extérieure. Mais si tu regardes la vie individuelle des Légionnaires, tu vois qu’ils sont toujours en train de faire le tour du monde. Ils ont une grande liberté de se déplacer et d’entreprendre de nouveaux projets. C’est de là que viennent leur succès et leurs problèmes : ils ont beaucoup profité des capacités de l’individu.

Mais alors, toutes les dispositions qui règlent même les aspects les plus insignifiants de la vie, jusqu’à la manière de manger une assiette de pâtes, est-ce que cela ne vous semble pas une limitation de la liberté ?

C’est difficile. En analysant les légionnaires, je fais une affirmation et ensuite je dois la corriger. Ce n’est pas facile à comprendre. Il y a de bons côtés, et d’autres qui sont contradictoires. Ce sont des situations qui doivent être analysées avec précaution, car on risque de se tromper. Le problème des légionnaires, c’est qu’ils ont donné une image précise d’eux-mêmes.

***

Sur le Regnum Christi

Le Regnum Christi suivra-t-il un chemin séparé de celui des Légionnaires ?

Nous étudions actuellement comment harmoniser ces trois réalités : la Légion, le Regnum Christi et, à l’intérieur de ce dernier, ce qu’on appelle le troisième degré : les personnes consacrées. Le Regnum Christi est un peuple de 60 000 personnes avec un apostolat grandiose. Les laïcs, partagés entre trois niveaux d’engagement distincts, ont un objectif commun : lutter pour le Règne. Nous voulons que cette réalité retrouve toute sa beauté et sa splendeur. Si on surmonte les pièges du passé, cela peut apporter du bien à tout le monde. Personne ne veut la mort du Regnum Christi.

De quoi ce mouvement a-t-il besoin ?

Au départ, la visite apostolique était seulement pour les légionnaires, et non pour le Regnum Christi, mais les membres du Mouvement ont dit qu’ils en désiraient une, eux aussi. Mgr Blazquez, archevêque de Valladolid, s’en est chargé, et vu que c’est une personne très prudente et compétente, il a été applaudi par tout le monde. Au début de ma responsabilité de Délégué, je ne me suis pas occupé du Regnum Christi : cela me paraissait une ingérence. En septembre nous avons commencé à travailler sur le rapport de Blazquez. Son jugement est substantiellement positif, même s’il relève quelques aspects à examiner, principalement en relation avec la formation. La formation était trop confiée aux légionnaires. Une autre chose qu’il faut réviser est le fait que le Regnum Christi a besoin d’une plus grande autonomie.

Qu’allez-vous faire dans le cas des consacrées ?

Nous ne les avions pas prises en considération jusqu’à il y a peu. Le nombre de consacrés est réduit en comparaison à celui de consacrées. Celles-ci sont beaucoup plus, environ 800, tandis que les hommes sont plus ou moins une centaine, et vivent avec les légionnaires, comme s’ils étaient des frères laïcs. Les consacrées, au contraire, vivent en communautés. Le rôle des légionnaires dans leurs communautés est très important : il y a le problème de la formation, de la direction spirituelle, de la mission, du gouvernement, etc. Ces choses doivent être révisées pour avoir plus d’autonomie.
En premier lieu, il faut réfléchir sur cette vocation et la définir avec précision, examiner si elle peut se conserver ainsi ou doit être modifiée. Nous avons organisé des rencontres et nous avons trouvé une très forte consonance. Les consacrées disaient qu’elles voulaient suivre les conseils évangéliques en travaillant en associations en lien avec les légionnaires. Nous sommes partis de là et avons trouvé un grand consensus.

Quand ont surgi les frictions avec les consacrées ?

Pendant que nous faisions ce travail, ont commencé à se faire entendre les voix d’un groupe inquiet. Quelques-unes provenaient de celles qui appartenaient au mouvement depuis longtemps, jusqu’à quarante ans. Il y avait des rumeurs qu’elles sentaient une certaine difficulté, mais personne ne le manifestait ouvertement. A la fin de l’une de ces rencontres de travail, nous avons appris la création de cette association pour accueillir à celles qui sortaient.

***

Consacrées qui s’en vont

N’avez-vous rien su de ce nouvel institut Totus Tuus, jusqu’à sa création officielle ?

Non, il y avait des rumeurs, mais toujours démenties.

Ne vous ont-ils pas non plus appelé de Santiago (Chili), l’endroit où il a été érigé, pour vous avertir ?

L’archevêque de Santiago est dans son droit : un évêque peut créer une association. Personne ne m’a rien dit. Après les rumeurs, quelques consacrées en Italie et au Mexique ont commencé à créer des troubles. J’ai donc pensé qu’il serait peut-être bon que j’aille au Mexique – parce que c’était le lieu où il y avait un plus grand nombre de ces consacrées qui voulaient abandonner le Regnum Christi – pour comprendre et clarifier ce qui se passait.
Je suis arrivé au Mexique le 23 février. Le jour suivant, j’ai reçu une lettre d’un de mes collaborateurs, dans laquelle il incluait le décret de création de Totus Tuus. Il y était précisé que le Pape était d’accord avec la création. Je voulais éclaircir ce fait. L’avis favorable du Pape concerne la création de cette association, non le fait de sortir de Regnum Christi. C’est une subtilité importante. Personne ne désire que quiconque quitte le Regnum Christi soit affecté. C’est un choix libre. Si on peut les insérer dans une autre association, tant mieux. Mais il ne faut pas qu’il semble que celui qui reste manque à l’obéissance. Le Pape bénit le fait d’accueillir, qui est une bonne chose, non celui de s’en aller, qui est discutable.

Ces consacrées disaient qu’elles avaient perdu la confiance en leurs dirigeants.

Cet argument n’est pas un élément décisif pour la vocation. La vocation n’est pas une réponse à un homme, mais à Dieu. Pour moi, ce n’est pas un motif, même si je le respecte. Pour ma part, je veux rassurer celles qui restent. Ce n’est pas correct de dire que l’on a perdu la confiance parce que les crimes de Maciel n’ont pas encore été éclaircis. Si les consacrées veulent s’en aller, quand bien même toutes le voudraient, qu’elles le fassent, mais avec respect.

Pensez-vous que plus de personnes quitteront la Légion ou le Regnum Christi ?

C’est un autre motif de confusion. On a dit que 300 consacrées sont sorties, mais on n’explique pas que ces 300 ont quitté le Regnum Christi au cours des cinq ou six dernières années. La crise existait, elle ne date pas d’hier, mais du moment où a éclaté le cas de Maciel. Nous avons pris les rênes du Regnum Christi au mois de septembre dernier. Comment peut-on en faire retomber sur nous la responsabilité ? Il y a quelque chose ici qui m’échappe en partie. Quand nous pensions avoir conclu un pas positif, pour lequel nous avions eu un accord presque unanime, nous avons été frappés à l’improviste. Maintenant, entre trente et quarante consacrées sont sorties pour cette nouvelle réalité Totus Tuus.

Malén Oriol, l’ancienne responsable des consacrées, a abandonné pour faire partie de Totus Tuus ?

Je ne sais pas. Son attitude est difficile à comprendre. Malén Oriol parlait peu avec moi. Elle est venue me voir entre septembre et octobre de l’année dernière pour me dire qu’elle était prête à quitter son poste si je le croyais opportun. Je lui ai dit que non et que c’était à elle de décider si elle continuait. Ensuite, il semblait qu’elle voulait rester. Finalement, elle s’est levée lors d’une assemblée et elle a dit qu’elle renonçait à sa charge. Je lui ai alors demandé qu’elle réfléchisse et qu’elle me communique ensuite son avis. Ce qu’elle a fait, c’est envoyer une lettre en disant qu’elle attendait une réponse de ma part. Après cela, elle est venue me voir et je lui ai dit que j’acceptais sa démission, mais je lui ai demandé de ne pas quitter le Regnum Christi. Elle m’a répondu qu’elle voulait continuer mais, peu de jours après, est arrivée sa requête de sortie.

Une autre rupture : celle de l’agence de nouvelles Zenit. Quelle a été votre position lors du départ de son ancien directeur, Jesús Colina ?

C’est une question normale de relation de travail. Jesús Colina est venu me voir en me disant que les légionnaires l’avaient trahi. Il ne faut pas oublier que Zenit appartient à la Légion. Colina voulait qu’elle soit transférée à d’autres. S’il ne se voyait pas capable de continuer à collaborer, c’est lui qui devait se retirer.

***

Maciel, démon ou « pauvre pécheur » ?

Peut-on sauver le charisme de la congrégation avec un fondateur comme Maciel ?

Théoriquement cela a déjà été répondu. Dans l’histoire de l’Eglise, il y a eu des cas de fondateurs qui ensuite n’ont pas suivi le bon chemin.

Pourquoi n’avez-vous pas enterré complètement la figure de Maciel ?

Nous ne pouvons pas nier qu’il est le fondateur, c’est un fait historique. On ne l’appelle plus « père » et nous avons demandé que ses textes ne soient pas lus en public. Le thème de Maciel doit être analysé avec calme. Ce n’est pas une figure exemplaire, mais est-ce un démon ou un pauvre pécheur ? Si c’était un démon nous ne pourrions rien sauver. Si c’est un pauvre pécheur, il peut avoir fait quelque chose de bien. Si nous diabolisons Maciel, nous rendons difficile la compréhension de la Légion. Si nous le considérons pécheur, nous pouvons la comprendre.

Cette équidistance d’analyse de la figure de Maciel n’est-elle pas dangereuse ?

Peut-on dire que Maciel n’a pas recherché le bien ? N’a-t-il pas tenté de faire quelque chose d’utile pour l’Eglise ? Il y a des valeurs des Légionnaires, comme l’obéissance à l’Église ou le respect à la doctrine, qu’il a inculqués, qui ne peuvent pas être niés. Il y a une fidélité. On ne peut pas dire que Maciel soit un démon. Cela vous semble un raisonnement valide ?

Non, mais ce n’est pas moi qui doit juger.

Il est évident qu’il a fait des choses graves, mais celles-ci relèvent plus de la faiblesse de l’homme que de la méchanceté.

Les abus sexuels, surtout ceux sur des mineurs, sont une faiblesse ?

Je ne veux pas et je ne peux pas le justifier. De fait, on ne condamne jamais suffisamment cela. Mais cela ne transforme pas le pécheur en un démon. Maciel était un pécheur - et un grand - mais pas un démon. Le Pape Benoît XVI a dit que Maciel était une figure énigmatique. Nous nous trouvons face au mystère de la personne humaine, avec sa responsabilité, qui nous échappe. C’est un abîme insondable de péché et de grâce.

A quels résultats la commission en charge des victimes a-t-elle aboutie ?

Nous n’avions pas le devoir de chercher les victimes. Qui se sentait victime pouvait présenter une requête à la commission. Les victimes, finalement, ont été moins de dix, chacune desquelles a reçu des indemnisations de 15 000, 25 000 ou 35 000 euros. Dans certains cas, parfois un peu plus.

Services par e-mail

Le site Regnum Christi vous offre un accompagnement au quotidien.

Actualités du même thème

Légionnaires du Christ